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29 septembre 2017 - Mis à jour le 30 septembre 2017

Le journaliste ouzbèke Narzoullo Akhounjonov ne doit pas être expulsé d’Ukraine

Crédit: Refat Tchoubarov
Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités ukrainiennes à ne pas renvoyer en Ouzbékistan le journaliste Narzoullo Akhoujonov arrêté à l’aéroport de Kiev le 20 septembre dernier. Cela fait suite à une notice d’Interpol émise par Tachkent sur la base d’accusations de fraude que le journaliste rejette. Dans l’attente d’une décision sur son expulsion, Narzoullo Akhoujonov reste maintenu en détention.

A peine arrivé avec sa femme et ses enfants à l’aéroport de Kiev, le journaliste ouzbèke Narzoullo Akhounjonov a été arrêté par la police des frontières ukrainiennes, le 20 septembre sur la base d’une notice rouge d’Interpol. Les autorités ouzbèkes recherchent le journaliste sur la base d’une soi-disant enquête pour fraude d’un montant de 2 000 dollars ouverte en 2013, soit près de quatre ans après les faits supposés. Le 22 septembre, Narzoullo Akhounjonov a comparu devant une cour de Kiev et a été condamné à 40 jours de détention provisoire. Son avocat a fait savoir qu’il avait fait appel de cette décision.


Les autorités ukrainiennes ne doivent pas renvoyer Narzoullo Akhounjonov en Ouzbékistan, proteste RSF. Nous appelons le bureau du procureur général en Ukraine à s’opposer à son extradition afin de garantir la protection du journaliste. L’expulser vers un pays où le journalisme indépendant est persécuté et où la torture systématisée est contraire à toutes les obligations internationales auxquelles Kiev est tenu.”


Journaliste pendant de nombreuses années pour la télévision et la radio nationale en Ouzbékistan, Narzoullo Akhounjonov a commencé à faire l’objet d’intimidations de la part des autorités ouzbèkes en 2013. Cela faisait suite entre autres à son enquête sur une affaire montée de toutes pièces contre un sportif de haut niveau accusé de fraude. Trois années auparavant il avait pris position en faveur de ses deux collègues Malokhat Echonkoulova et Saodate Omonovykh qui avaient publiquement dénoncé la corruption et la censure en vigueur au sein de la chaîne publique. Il a également collaboré à plusieurs reprises avec le service ouzbèke de la BBC sur des sujets politiques et sociaux.


Les menaces contre lui et sa famille s’intensifiant, le journaliste a été contraint de fuir son pays en novembre 2013. Il a trouvé refuge un temps en Turquie où les intimidations ont néanmoins persisté (appels téléphoniques, filatures, visites à son domicile…). Craignant pour sa vie, il a pris la décision avec sa famille de quitter la Turquie pour demander l’asile en Ukraine où il est aujourd’hui détenu.


Années après années, l’Ouzbékistan continue d’occuper le bas du Classement mondial de la liberté de la presse, placé en 2017 à la 169e place sur 180. Les autorités ouzbèkes exercent un monopole absolu sur l’information et les journalistes indépendants qui persistent à faire leur travail s’exposent aux pires représailles. De nombreux rapports ont documenté l’usage généralisé de la torture dans les prisons ouzbèkes. RSF dénonce régulièrement l’instrumentalisation d’Interpol par des régimes répressifs, prompts à lancer des “notices rouges” contre leurs critiques basés à l’étranger.