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21 mai 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le gouvernement lance un raid policier sur deux sièges de médias à Kampala


Reporters sans frontières condamne avec la dernière énergie les raids policiers effectués aux sièges de deux journaux ougandais et la fermeture forcée de leurs presses d’imprimerie, le 20 mai 2013, à Kampala.

Le siège de Pepper Publications qui publie le journal Red Pepper et deux magazines hebdomadaires, ainsi que le siège de Monitor Publications Limited (MPL) qui publie le quotidien Daily Monitor ont été fouillés par des agents de la police nationale dans la matinée.

Dans l’après-midi, la police a continué sa répression de la liberté de l'information en fermant deux radios partenaires, KFM Radio et Dembe FM, qui diffusent depuis les locaux du groupe MPL.

Avant même cette série de nouveaux incidents, Reporters sans frontières avait déjà adressé une lettre au président Yoweri Museveni, le 23 avril dernier, pour lui faire part de son extrême inquiétude face à la dégradation des conditions d'exercice des journalistes en Ouganda et dénoncer la campagne d'intimidation menée par l'Etat ougandais contre la presse depuis maintenant plusieurs mois.

"Cette offensive de la police nationale est le dernier incident d'une série d’atteintes graves à la liberté de l’information en Ouganda depuis la fin de l'année 2012. Ces actions, symptomatiques d'un climat exécrable pour les acteurs de l'information, traduisent la volonté des autorités d’étouffer la presse indépendante", a déclaré Reporters sans frontières.

"Nous apportons tout notre soutien aux groupes de médias dans le collimateur du pouvoir et nous nous joignons aux organisations ougandaises de défense des droits de l’Homme pour réclamer la fin des violations de la liberté de la presse par les forces de sécurité. Nous appelons le gouvernement ougandais à respecter la Constitution du pays qui protège la liberté d’expression", a ajouté l’organisation.

Armés de kalachnikovs et agissant sur ordre des services de renseignements (Criminal investigations and intelligence directorate - CIID), des policiers ont fait irruption dans les locaux du groupe MPL dans le but d’obtenir les sources d’un article publié dans le Daily Monitor le 7 mai 2013. Trois journalistes du Daily Monitor, Don Wanyama, Richard Wanambwa et Risdel Kasasira avaient déjà été interrogés pendant neuf heures, le 14 mai, puis à nouveau pendant deux jours consécutifs, à propos du même article.

Au cours du raid, les forces de sécurité ont enfermé les journalistes dans les bureaux, bloqué l’accès aux locaux, et confisqué le matériel du Daily Monitor. Quand une foule a commencé à protester devant le siège du MPL en soutien à la liberté de la presse, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour la disperser.

Selon les informations collectées par Reporters sans frontières, l'assaut de la police contre le MPL trouve son origine dans la publication par le Daily Monitor d’une lettre confidentielle écrite par le général David Sejusa à propos d’un complot visant à assassiner de hauts responsables ougandais, membres du gouvernement ou de l'armée. Des rumeurs font état de l'intention du président Yoweri Museveni d'installer son fils, le général de brigade Muhoozi Kainerugaba, comme successeur à la tête de l'Etat. Le complot viserait à éliminer les hauts responsables qui s'opposent à cette succession.

La fuite de la lettre confidentielle sur cette affaire appelée "Projet Muhoozi" a déclenché une vague de panique au sein du gouvernement après sa publication dans le Daily Monitor. L’offensive contre le MPL et Red Pepper, qui a également publié les articles sur l’affaire, intervient alors que le gouvernement a annoncé qu’il n'accepterait aucune publication concernant le "Projet Muhoozi". La Commission des communications de l’Ouganda (UCC) a également déclaré que les médias "n’étaient pas professionnels et impartiaux" et qu’elle retirerait les permis de tous médias continuant à couvrir cette affaire.

La fermeture forcée des deux radios diffusant depuis les locaux du MPL, KFM Radio et Dembe FM, n’a pas été justifiée par les autorités, mais elle fait partie du black-out imposé aux médias appartenant au groupe MPL.

Pour plus d’information sur la liberté de la presse en Ouganda.