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4 mai 2005 - Mis à jour le 20 janvier 2016

La ville sainte de Qom, enfer des webloggers


Reporters sans frontières dénonce la politique répressive des autorités de la ville de Qom (sud de Téhéran) à l'encontre des cyberjournalistes et des webloggers. Alors que Mojtaba Lotfi, gravement malade, purge une peine de trois ans et 10 mois de prison pour des articles publiés sur Internet, deux bloggers, Farid Modaressi et Mohamad Reza Fathi, sont harcelés par la justice locale.
Reporters sans frontières dénonce la politique répressive des autorités de la ville de Qom (sud de Téhéran) à l'encontre des cyberjournalistes et des webloggers. Alors que Mojtaba Lotfi, gravement malade, purge une peine de trois ans et 10 mois de prison pour des articles publiés sur Internet, deux bloggers, Farid Modaressi et Mohamad Reza Fathi, sont harcelés par la justice locale. "En Iran, s'exprimer sur des sujets politiques ou même sociaux relève de l'acte de bravoure, d'autant que les autorités locales prennent aujourd'hui le relais du pouvoir central pour museler les webloggers. Dans un tel contexte, il faut saluer le rapport sur les droits de l'homme adopté récemment par le Parlement européen, qui condamne 'la politique abjecte' de ce pays concernant les journalistes et les cyberdissidents", a déclaré l'organisation. Le professeur Mohammad Reza Fathi a été une première fois convoqué et interrogé, le 26 mars, par l'Edareh Amaken - une police spécialisée dans les délits de moeurs - pour des articles diffusés sur son blog, http://www.savehjam.blogspot.com, où il critique le gouverneur de sa province et le maire de la ville de Saveh (près de Qom, sud de Téhéran). Dans une lettre au président de la République iranienne, Mohammad Khatami, il s'indignait de "la faible capacité des fonctionnaires à accepter la critique". Neuf jours plus tard, il a été arrêté dans la rue par la police locale, devant ses étudiants, et exhibé menotté dans toute la ville. Trois jours plus tard, à sa sortie du centre de détention - où il a été interrogé de nouveau, à huis clos et sans avocat - le weblogger s'est résigné à fermer sa publication, pourtant très populaire dans la région. Il devra tout de même se présenter prochainement devant la justice locale pour répondre de diverses accusations, telles que "publication de fausses informations", "insulte" et "trouble à l'ordre public". Farid Modaressi, un weblogger qui a déjà été emprisonné durant un mois fin 2004, est de nouveau convoqué par un tribunal de Qom le 14 mai prochain. Il est accusé "d'insulte envers les responsables du régime" pour des articles publiés sur son weblog, http://farid.blogset.com, notamment des commentaires sur le président de la République iranien. Farid Modaressi est également convoqué, le 10 mai, par un tribunal de Téhéran, pour répondre cette fois de l'accusation "d'atteinte à la sécurité de l'Etat". D'après les informations recueillies par Reporters sans frontières, l'état de santé du cyberjournaliste Mojtaba Lotfi, également habitant de Qom, s'est sérieusement détérioré depuis son incarcération, en février 2005. Victime d'une arme chimique pendant la guerre Iran-Irak, il souffre de problèmes pulmonaires qui sont aggravés par sa détention. Le Parlement européen a adopté, le 28 avril, son rapport 2004 sur les droits de l'homme dans le monde. Ce texte "condamne la politique abjecte de l'Iran concernant l'arrestation et l'emprisonnement de journalistes et de cyberdissidents ainsi que les atteintes à la liberté de la presse et des médias".