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20 avril 2016

La Turquie 151ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse

La Turquie se retrouve à la 151ème place du Classement mondial de la liberté de la presse, publié par Reporters sans frontières (RSF). Entre dérive autoritaire du président Erdogan, accusations de terrorisme et mise au pas d’internet, les entraves se multiplient.

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La Turquie passe de la 149ème à la 151ème place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2016 publié ce 20 avril par Reporters sans frontières (RSF), une position indigne d’un grand pays démocratique. Si l’on observe la performance du pays à la lumière de son score, la détérioration est l’une des plus importantes du Classement mondial. Le score indique la performance de chaque pays en matière de liberté de la presse, indépendamment de toute comparaison. Sur fond de dérive autoritaire du président Recep Tayyip Erdogan, les attaques contre la liberté de la presse redoublent. De plus en plus intolérantes à toute forme de critique, les autorités multiplient les poursuites contre les journalistes. Parmi les chefs d’accusation les plus courants : “insulte au président de la République” et... “terrorisme”.


L’arrestation des célèbres journalistes Can Dündar et Erdem Gül, en novembre dernier illustre cette tendance lourde. Libérés sur décision de la Cour constitutionnelle après trois mois de détention provisoire, ils risquent toujours la prison à vie pour leurs révélations sur des livraisons d’armes turques à des groupes islamistes en Syrie. Des dizaines de journalistes font face à des poursuites similaires et les prisons, vidées en 2014, se remplissent à nouveau.



Hier encore important, le pluralisme diminue dangereusement. La concentration croissante des grands médias entre les mains de patrons de presse proches du pouvoir encourage l’autocensure, de même que le licenciement de centaines de journalistes et grands chroniqueurs. En septembre, les autorités ont inauguré une nouvelle pratique contre les médias du groupe d’opposition Koza Ipek : la rédaction a été prise d’assaut par la police et des administrateurs nommés par la justice ont pris le contrôle des titres, imprimant un virage à 180 degrés à leurs lignes éditoriales.


La reprise en main frappe aussi Internet : qu’ils couvrent la corruption, la question kurde ou la lutte contre le terrorisme, le blocage de sites web sans décision de justice se systématise. On ne compte plus le nombre de journalistes arrêtés pour leurs partages sur les réseaux sociaux, et la Turquie monopolise aujourd’hui près de la moitié des demandes de retrait de contenu auprès de Twitter.


Les métastases du conflit syrien et la reprise des combats entre Ankara et les rebelles kurdes du PKK, à l’été 2015, accentuent encore l’approche paranoïaque des autorités vis-à-vis des journalistes critiques. Mais loin d’apaiser les tensions partisanes et communautaires, l’emballement de la censure et la rhétorique agressive du gouvernement renforcent les clivages et la dangereuse polarisation du pays.


Cette dérive ne va toutefois pas sans résistance. La société civile turque est vivace et elle n’est pas déterminée à se laisser faire. De nombreux médias ont pris l’habitude d’ignorer les interdictions de publier que les autorités émettent régulièrement dès lors qu’un sujet les embarrasse. Les médias visés par la répression fournissent ces derniers temps d’importants efforts pour surmonter leurs divisions et faire front commun.


Publié chaque année depuis 2002 à l’initiative de RSF, le Classement mondial de la liberté de la presse mesure le degré de liberté dont jouissent les journalistes dans 180 pays grâce à une série d’indicateurs (pluralisme, indépendance des médias, environnement et autocensure, cadre légal, transparence, infrastructures, exactions).


Retrouvez la méthodologie et le Classement mondial de la liberté de la presse 2016 sur le site RSF.org.