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22 octobre 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

La Seleka démantelée mais les journalistes centrafricains toujours menacés


Reporters sans frontières s'inquiète profondément du climat menaçant que fait régner à l'encontre des journalistes le Comité extraordinaire de défense des acquis démocratiques (CEDAD), un nouveau groupe de police mené par le Général de l'ex-Séléka, Mahamat Nouradine Adam. Au cours du dernier mois, le directeur de publication du quotidien Centrafrique Matin, Julien Bella, le directeur de publication du quotidien Le Citoyen, Maka Gbossokotto, et le directeur de publication du Quotidien de Bangui, Ulrich Landry Ngopkele, ont subit des interrogatoires musclés hors de toute procédure judiciaire, à la suite de publications dénonçant certaines activités du CEDAD. "Reporters sans frontières condamne ces arrestations arbitraires et les graves menaces dont ont fait l'objet ces journalistes. Sans préjuger du contenu des articles, il est inadmissible que des professionnels des médias fassent l'objet de telles intimidations. Nous appelons le gouvernement centrafricain à mettre en œuvre les engagements pris à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai 2013, par le président Michel Djotodia qui avait promis que pendant son mandat aucun journaliste ne serait inquiété pour ses propos ou ses opinions", a déclaré Reporters sans frontières. "Il est important que le Comité extraordinaire de défense des acquis démocratiques soit à la hauteur de son nom, préserve effectivement les acquis démocratiques dont fait partie la liberté de presse, et accomplisse sa mission déclarée de "veiller sur la sécurité, la sérénité et l'intégrité du territoire national", a ajouté l'organisation. Le général Nouradine, homme fort des premières heures de la Séléka, après avoir contesté les conditions de l'Accord de Libreville et participé à la marche sur Bangui qui a déclenché la chute du Président Bozizé, avait été nommé le 31 mars Ministre d'Etat chargé de la Sécurité publique, de l'Émigration-Immigration et de l'Ordre public. Il contrôlait donc en principe la gendarmerie et la police. Le 23 août, il a été remplacé par décret présidentiel à ce poste par le pasteur Josué Binoa et nommé à la tête du Comité extraordinaire de défense des acquis démocratiques, crée pour l'occasion, et qui maintient une emprise certaine à Bangui. Selon les informations reçues par Reporters sans frontières, ce groupe serait à l'origine des harcèlements de journalistes de ces derniers jours. Ce 9 octobre, Ulrich Landry Ngopkele a été convoqué à la base du Général Nouradine où il a subi un premier interrogatoire avant d'être emmené, cagoulé, vers un lieu inconnu et détenu plusieurs heures en cellule. Il a ensuite été interrogé une deuxième fois par le Général Nouradine en personne, qui a exigé de connaître les sources de son article, "Les éléments du général Nouradine tabassés au camp de Roux", paru le 4 octobre dernier et faisant état des difficultés de succession au poste de ministre de la Sécurité. Le journaliste a été forcé de s'excuser avant d'être relâché et continue d'être intimidé au quotidien par des hommes du Comité. Maka Gbossokotto s'est présenté aux éléments de la police le 4 octobre, suite à une convocation. Il a été mis en garde par des agents du général Nouradine qui lui reprochaient les faits inexacts énoncés dans un article paru dans son quotidien Le Citoyen, et le ton employé, hostile à la Séléka. Au sortir de l'entretien, ces agents l'ont menacé de mort s'il recommençait. Le Citoyen a par la suite publié un démenti. Julien Bella a été convoqué par le CEDAD le 30 septembre 2013 pour interrogatoire, suite à la diffusion dans l'édition du 25 septembre de Centrafrique Matin, d'un article qui révélait l'existence d'une prison secrète tenue par le CEDAD. Il a été accusé d'avoir révélé un dispositif relevant du secret d'Etat, menacé de mort et qualifié de "déstabilisateur du régime" par les policiers du CEDAD. Au lendemain de son interrogatoire, son journal a publié un article dans lequel Julien Bella s'excusait d'avoir dévoilé l'existence de cette prison et insistait sur le rôle de protecteur de la nation du CEDAD. Contacté par Reporters sans frontières, le général Nouradine reconnaît avoir convoqué les journalistes mais nie toute intimidation à leur encontre. Il a néanmoins dit que toute future publication "d'allégations mensongères" entraînerait l'emprisonnement des journalistes responsables. En août 2013 déjà, Reporters sans frontières avait dénoncé l'aggravation du climat d'insécurité pour les journalistes centrafricains. La République centrafricaine se situe au 65ème rang, sur 179, dans le classement mondial 2013 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Photo : Vincent Fournier / Jeune Afrique