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26 juin 2003 - Mis à jour le 20 janvier 2016

La mairie d'Orange fait pression sur la rédaction locale de La Provence


Les relations entre la mairie d'Orange (Sud) et la rédaction locale du quotidien La Provence se sont de nouveau détériorées, après une première crise en 2002. La mairie ne fournit plus aucune information aux journalistes locaux de La Provence depuis le conseil municipal de mars 2003 et serait sur le point d'engager des poursuites judiciaires contre le quotidien. "Quelles que soient vos divergences de vues avec ce média, les journalistes doivent pouvoir traiter l'information librement, sans subir de pressions ou de discriminations de la part des autorités", a rappelé Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, dans un courrier adressé à Jacques Bompard, maire d'Orange. "Cette situation constitue une entrave non seulement au droit des journalistes à informer leurs lecteurs mais aussi au droit de vos administrés d'être informés comme bon leur semble. Nous vous demandons, au nom de l'intérêt général que vous servez en tant qu'élu, de tout mettre en œuvre afin de normaliser les relations entre vos services et La Provence, et de renoncer à poursuivre le quotidien en justice", a-t-il ajouté. La mairie, dirigée par Jacques Bompard du Front National (extrême droite), reproche à La Provence de favoriser l'opposition et de couvrir les activités municipales de manière partiale et erronée. Une première crise avait pu être résolue à l'automne 2002 et des relations normales entre les services municipaux et le quotidien s'étaient progressivement rétablies après cinq mois de rupture totale. Mais la mairie d'Orange n'a guère apprécié le compte rendu du conseil municipal du 26 mars 2003, dans lequel La Provence avait choisi de mettre l'accent sur une question de l'opposition ayant mis en difficulté la majorité, plutôt que sur les différentes mesures portant sur le budget municipal. Depuis, la rédaction ne reçoit plus l'état civil, ni les photographies, ni les communiqués de presse de la municipalité. Cette attitude, qui empêche les journalistes d'exercer leur métier dans des conditions normales, est revendiquée par un panneau d'affichage devant la mairie, intitulé "Pourquoi vous ne trouverez plus d'informations sur la ville d'Orange dans La Provence", et dans plusieurs articles de la revue municipale, comme "Provintox ou Désinprov ? Comment la presse désinforme…" (avril 2003). De plus, Christine Blanc et Stéphanie Esposito, deux journalistes de La Provence, ont été mises en cause personnellement et nommément à différentes reprises, y compris par le maire lui-même. "Tant que ces deux personnes seront là, on ne pourra pas travailler", a déclaré à Reporters sans frontières André-Yves Beck, responsable de la communication de la mairie. "On ne veut pas qu'ils nous cirent les bottes, mais qu'ils nous traitent correctement, qu'ils ne nous crachent pas à la figure. C'est notre droit de ne pas leur donner d'informations" a-t-il affirmé, tout en se défendant d'exercer une censure ou un boycott. Mais pour René Gérard, directeur de la rédaction, qui refuse de changer ces journalistes, "c'est de l'intimidation". Selon nos informations, la commune entend engager des poursuites contre le quotidien, notamment pour un éditorial de René Gérard, daté du 18 avril 2003 et intitulé "Orange invente la censure municipale".