Actualités

27 mars 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

La levée de l’embargo financier contre la revue Arche doit s’accompagner d’une autorisation à reparaître


Reporters sans frontières salue le déblocage du compte bancaire de la revue Arche-Pachatak (Arche-Пачаток), le 25 mars, par le département des investigations financières du Bélarus. Ce compte était gelé depuis octobre 2012. Arche devrait également échapper à des poursuites pénales pour des “irrégularités financières” présumées. “Nous espérons que les organes de contrôle en charge du dossier confirmeront par écrit qu’aucune poursuite pénale ne sera engagée contre Arche et ses employés. Cette revue culturelle indépendante subit un véritable harcèlement pour des raisons politiques depuis 1998, année de sa création. Le dernier numéro est paru en juin dernier. Les autorités doivent lui permettre de se réenregistrer auprès du ministère de l’Information. Trois demandes en ce sens, déposées en novembre 2012, janvier et février 2013, ont été refusées pour des motifs absurdes”, a rappelé Reporters sans frontières. Le mensuel Arche est tiré à 700 exemplaires et publié en langue biélorusse. Chaque numéro contient en moyenne 400 pages portant sur des sujets littéraires et historiques traités par des d’universitaires bélarus et étrangers. Le site web de la revue recense approximativement 1 000 visites par jour. Les opinions exprimées entrent parfois en conflit avec l’idéologie officielle. Chaque numéro coûte de 3 à 10 euros. La rédaction traduit et publie également des contributions de scientifiques étrangers. Depuis 2004, la revue n’était plus autorisée à la vente dans les librairies et les kiosques du pays, mais elle pouvait être achetée sur abonnement ou par le biais d’un réseau de volontaires. En 2009, un double-numéro de ce magazine a été saisi après avoir été jugé "extrémiste". L'incident n'a pas influencé le travail de la rédaction. Le 14 septembre 2012, le rédacteur en chef de l’époque, Valer Bulhakau (Валер Булгаков), n’avait pas utilisé de caisse pour enregistrer les ventes d’exemplaires d’Arche et d’autres livres. C’est pourquoi il avait été arrêté. Des fonctionnaires du département des investigations financières s’étaient ensuite rendus à la maison d’édition “Polycraft” à Minsk afin de récupérer tous les documents comptables d’Arche depuis 2011. Tous les exemplaires de la dernière édition du magazine avaient été saisis. Après avoir écouté des appels téléphoniques passés par la rédaction, le 2 octobre 2012, le Comité de la sécurité d'État de la République du Bélarus avait saisi plus de 5 000 livres dans l'entrepôt d’Arche. Malgré la démission de Valer Bulhakau de son poste de rédacteur en chef, le département des investigations financières avait interrogé plusieurs employés de la revue, y compris son fondateur Andreï Dynko (Андрей Дынько). Le compte bancaire d’Arche avait été bloqué, et Valer Bulhakau avait été reconnu coupable “d’activité illégale d'entrepreneur” et avait dû payer une amende de 500 000 BLB (45 euros). La télévision d’Etat bélarus avait diffusé, fin octobre 2012, deux reportages sur la confiscation des livres de Valer Bulhakau, en accusant Arche de “fascisme” et d’“extrémisme”. Craignant d'être poursuivi sur le plan pénal, l'ex-rédacteur en chef avait fui vers un pays européen, où il réside désormais. Sa femme et ses deux enfants sont restés à Minsk. Le magazine, qui a depuis changé de propriétaire, s’efforce de se faire enregistrer afin de pouvoir paraître à nouveau. Le 14 mars, un numéro de téléphone mentionné au mauvais endroit sur le formulaire à remplir avait servi de prétexte à un refus. “On ne peut toujours pas publier Arche. Nous avons remis un nouveau dossier pour enregistrement le 15 mars 2013, et espérons avoir la réponse du ministère de l'Information d’ici mi-avril”, a déclaré le rédacteur en chef par intérim, Ales Pashkevich (Алесь Пашкевич), à Reporters sans frontières. Le 26 mars, les autorités bélarus ont refusé l’enregistrement de la chaîne de TV Belsat, média également critique du gouvernement. Le journaliste indépendant Andreï Pachobut est lui aussi poursuivi pénalement par les autorités bélarus. Le Bélarus se situe à la 157e place sur 179 pays dans le Classement Mondial 2013 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.