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5 février 2016 - Mis à jour le 8 mars 2016

La justice croate inculpe les trois agresseurs du correspondant de RSF


Le journaliste de renom croate, Zeljko Peratovic, qui avait été passé à tabac par trois hommes en mai 2015, vient d’être informé par courrier que l’enquête criminelle ouverte par le procureur du comté de Karlovac, pour tentative de meurtre, a été close faute de preuves suffisantes. En revanche, le procureur de la municipalité de Karlovac a mis en examen pour tentative de blessures graves, violation de domicile privé et dégâts matériels, les trois agresseurs arrêtés au lendemain de l’attaque, mais très vite relâchés. Reporters sans frontières (RSF) prend acte de ces inculpations et exhorte les autorités croates à mener le processus judiciaire à son terme, afin que les responsables de cette agression brutale soient jugés et condamnés.

Les faits remontent au 28 mai 2015. Depuis, le correspondant de RSF, lauréat en 2014 du prix du journalisme d’investigation de l'association des journalistes croates (HND), vit caché et la peur au ventre. Ce jour là, trois individus -dont deux homonymes, Vladimir Čunko (1950), Vladimir Čunko (1977) et Zihnija Grahović (1966)- qui lui étaient totalement inconnus l’ont interpellé devant chez lui, dans le village de Pokupska Luka, en proférant des insultes, avant de le pourchasser à l’intérieur de son domicile, de le frapper violemment et de tenter de l’étrangler. Zeljko Peratovic a été hospitalisé avec de multiples blessures, dont un traumatisme crânien, et souffre aujourd’hui de troubles de stress post-traumatique (TSPT).

RSF, par la voix de son secrétaire général, Christophe Deloire, la Fédération internationale des journalistes (IFJ), le Comité de protection des journalistes (CPJ), et la HND, avaient alors condamné avec fermeté cette agression, appelant les autorités croates à arrêter et juger les coupables présumés. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) avait elle-même qualifié « d'inacceptable » cette attaque contre M. Peratovic, et une alerte avait été déposée auprès du Conseil de l’Europe (CoE).

« Neuf mois plus tard, les autorités croates n’ont toujours pas condamné cette agression, la justice locale tarde à jouer le rôle qui lui incombe, à savoir juger les coupables présumés, et ces individus sont libres comme l’air, dénonce Alexandra Geneste, chef du bureau UE-Balkans de RSF à Bruxelles. Cette impunité n’est pas tolérable. La Croatie a le devoir de tout faire pour protéger ses journalistes. La liberté de la presse est le pilier de la démocratie: bafouer ce droit fondamental n’est pas digne d’un pays-membre de l’Union européenne. »

Selon Zeljko Peratovic, cette agression est sans doute liée aux articles qu'il a publiés sur une affaire de corruption datant de 2010, dans laquelle serait impliquée la mairie de Karlovac. A moins que ce ne soient ceux écrits sur un membre haut placé des services de sécurité yougoslave, actuellement en procès à Munich pour son implication dans le meurtre d’un émigré yougoslave en Allemagne de l’Ouest en 1983.

Il y a quelques années, le journaliste avait déjà été la cible de menaces de mort, lesquelles furent classées sans suites par les autorités. Zeljko Perkovic faisait également l’objet d’une multitude de procédures judiciaires depuis 2009, dans lesquelles il était accusé entre autres de diffamation, d’atteinte au secret de l’instruction et d’avoir “divulgué des informations de nature à troubler l’ordre public”. Il avait été relaxé en 2011.

Deux autres individus, dont Zeljko Safar, que la victime soupçonne d’être l’instigateur de l’attaque, et Alan Horvat, ont également été inculpés, cette fois pour avoir proféré des menaces de mort à l’encontre de l’unique témoin de l’incident, Franjo Požgaj; mais aussi « à l’encontre d’un journaliste », en l’occurrence Zeljko Peratovic, après les faits. Un crime passible, selon le code pénal croate, de 6 mois à 5 ans de prison.
Le correspondant de RSF a décidé de faire appel de la décision du procureur du comté de rejeter l’accusation de tentative de meurtre.

La Croatie se situe à la 58ème position sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015.