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3 juin 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

La justice conservatrice condamne 12 net-citoyens à 135 ans de prison ferme


Reporters sans frontières dénonce fermement une fois de plus les arrestations et les lourdes condamnations prononcées à l’encontre de plusieurs journalistes et net-citoyens. Le 27 mai 2014, douze net-citoyens ont été condamnés par les tribunaux de la Révolution dans plusieurs villes du pays à un total cumulé de 135 années de prison ferme pour leurs activités sur les réseaux sociaux. Le 28 mai 2014, la journaliste Saba Azarpeyk a été arrêtée. Sa famille ignore toujours les motifs de son arrestation et le lieu de sa détention.

Cette journaliste du mensuel Téjarat -é-Farda et du quotidien Etemad, a été interpellée sur son lieu de travail à Téhéran par les agents en civil du ministère des Renseignements. Saba Azarpeyk avait été l’une des victimes du “Dimanche noir” en janvier 2013, répression qui avait frappé les milieux journalistiques et avait conduit à l’arrestation de dix-neuf journalistes.

Selon le site Khaibaronline, proche des conservateurs extrémistes et des services de renseignement, la journaliste "enquêtait sur des médias du Front de la Révolution (ndlr, expression utilisée pour désigner les “révolutionnaires”, ces conservateurs proches du Guide suprême)”.

Cette arrestation doit être replacée dans le contexte actuel de guerre acharnée que se livrent les factions rivales au sommet du pouvoir en Iran. Plusieurs médias sont ainsi financés et dirigés par ces factions et leurs différents services des renseignements. Médias de la haine, ils constituent à la fois une arme pour le pouvoir et un moyen de répression à l’encontre des journalistes indépendants et des activistes de la société civile. Ils bénéficient d’une impunité totale.

En outre, le ministère des Renseignements et les Gardiens de la Révolution créent de toutes pièces de vrais/faux sites Internet avec des continus critiques ou les propos insultants contre régime et ses responsables. Ils entendent ainsi piéger des internautes en les incitant à faire des commentaires sur ces propos incriminés.

Le 27 mai 2014, huit net-citoyens ont été condamnés par la 28ème chambre du Tribunal de la Révolution de Téhéran à un total commulé de 123 années de prison, pour “publicité contre le régime”, d’“insulte envers le sacré”, d’“insulte envers le Guide suprême de la révolution”. Amir Gholestani a été condamné à 20 ans et un jour; Roya Sabery Nejad à 20 ans; Masoud Ghasemkhani à 19 ans et 91 jours; Fariborz Kardarfar à 18 ans et 91 jours; Seyyed Masoud Seyyed Talebi à 15 ans et un jour; Amin (Faride) Akramipour à 13 ans; Mehdi Reyshahri à 11 ans; et Naghmeh Shahi Savandi Shirazi à 7 ans et 91 jours. Ces net-citoyens ont été arrêtés début septembre 2013 par les Gardiens de la Révolution et maintenus à l’isolement dans la section 2A de la prison d’Evin où ils ont subi de fortes pressions. La veille, un tribunal d'appel de la ville d'Ahvaz (province du Khuzestan) avait confirmé le verdict prononcé contre trois net-citoyens, Hamzeh Zargani, Saleh Torfi et Adel Sadoni. Arrêtés le 9 avril 2013 et emprisonnés depuis dans la prison Karon, ils avaient été condamnés en première instance, en décembre 2013, chacun à trois ans de prison ferme pour "publicité contre le régime via la création de pages Facebook”.

Reporters sans frontières a été également appris le renvoi en prison, le 22 mai 2014, de Farideh Shahgholi, net-citoyenne germano-iranienne, contrainte de purger une peine de trois ans de prison ferme pour “publicité contre le régime et insulte envers d’Ali Khameni”, pour des propos tenus sur sa page Facebook. Installée en Allemagne depuis 25 ans, elle avait été arrêtée en 2011 en Iran alors qu’elle rendait visite à sa famille. Quelques jours avant sa dernière arrestation, elle avait adressé une lettre ouverte au président Hassan Rohani dans laquelle elle avait évoqué le calvaire qui avait été le sien pendant ces mois de détention. “Maintenue en isolement pendant 50 jours, j'ai été victime d’une pression permanente pour faire des aveux (...) l’interrogateur voulait que je reconnaisse être l’auteure d'une caricature ou d’être à l’origine des propos insultants envoyés par d'autres personnes sur ma page; personnes dont les interrogateurs connaissent visiblement très bien l’identité. Le juge malheureusement ne connaissait rien aux réseaux sociaux. Il ne voulait pas comprendre que je n’étais pas à l’origine de la publication insultante figurant sur ma page Facebook”.

L’Iran, l’un des pays les plus répressifs au monde en matière de liberté de l'information, occupe la 173e place, sur 180 pays, du classement mondial 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.