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9 juillet 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

"La chambre haute du parlement ne doit pas voter en l'état la nouvelle loi sur la presse"


Reporters sans frontières regrette l'adoption, le 4 juillet 2013, par la chambre basse du parlement birman (Pyithu Hluttaw), de la loi sur les entreprises d'imprimerie et de publication (Printing and Publishing Enterprise Law), qui va à l'encontre de toutes les recommandations du Conseil de la presse intérimaire, et est fortement critiqué par l'ensemble des professionnels des médias du pays. "Nous apportons tout notre soutien aux journalistes qui réclament l'abandon de ce texte liberticide. La chambre haute a le devoir de refuser d'adopter cette loi qui, en l'état, ne respecte pas les normes internationales de protection de la presse. Comme l'a récemment rapporté le journal étatique New Light of Myanmar, le ministre de l'Information Aung Kyi s'est engagé à prendre en compte tous les amendements que le conseil de la presse lui soumettrait, 'du moment qu'ils respectent les standards internationaux'. La conformité avec la section 77 du code de procédure de l'assemblée ne justifie pas qu'une loi aussi répressive soit présentée au législateur", a déclaré Reporters sans frontières. "Nous arrivons vraisemblablement à un virage dans le processus de réformes engagé par le gouvernement en 2011, à l'issue duquel nous verrons ses réelles intentions. Ce dernier ne peut continuer indéfiniment de brandir les mesures qui ont été prises en 2012 pour justifier de sa bonne volonté, et essayer en même temps de rétablir son contrôle sur la presse. Nous sommes conscients que la réforme du cadre légal constitue un processus long, qui nécessite l'implication de nombreux organes gouvernementaux. Mais à aucun moment les acteurs de l'information ne sauraient en être exclus," a ajouté l'organisation. Le projet de loi sur les entreprises d'imprimerie et de publication a été adopté après que plusieurs amendements ont été introduits. Le texte initial avait été présenté par le ministère de l'Information en mars dernier, alors que le conseil de la presse intérimaire venait juste de présenter les résultats de ses travaux. Dès qu'il en a pris connaissance, le Conseil a condamné le projet de loi, critiquant son champ d'application trop large, mais surtout les nombreuses restrictions de la liberté d'expression qu'il inclut. Le texte interdit par exemple tout critique de la Constitution birmane de 2008. Le projet de loi prévoit également le maintien du système de licence pour la presse écrite, considéré comme un outil de dissuasion supplémentaire à disposition du ministère de l'Information. Le 8 juillet 2013, plusieurs journalistes et membres du Conseil, tels que Thiha Saw et Zaw Thet Htwe, ont annoncé qu'ils démissionneraient si la loi venait à être votée par la chambre haute. En parallèle, la loi de réforme des médias contrôlés par l'Etat fait également l'objet de vives critiques de la part certains journalistes, qui y voient notamment le maintien de la mainmise financière du gouvernement sur les médias publics. Ce nouvel affrontement entre professionnels des médias et gouvernement intervient quelques jours après la décision des autorités d’interdire la vente de la dernière édition de Time Magazine. Le magazine américain avait consacrée sa couverture au moine bouddhiste Ashin Wirathu, sous-titré "le visage de la terreur bouddhiste" ("The Face of Buddhist Terror").