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15 février 2021 - Mis à jour le 16 février 2021

Kurdistan irakien : trois journalistes accusés d’espionnage

Au moins trois reporters kurdes irakiens sont jugés pour “atteinte à la sécurité nationale”, des charges passibles de la prison à vie. Reporters sans frontières (RSF) demande leur libération immédiate.

Actualisation (16 février 2021) : les trois journalistes indépendants Sherwan Sherwani, Guhdar Zebari et Ayaz Karam ont été condamnés à six ans de prison ferme par la Cour pénale d'Erbil mardi 16 février pour "atteinte à la sécurité nationale". Sherwan Sherwani est notamment accusé d'avoir travaillé pour le compte de l'Iran.



Ils ont été emprisonnés lors d’une vague d’arrestations conduite par le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) : les journalistes indépendants Sherwan Sherwani, Guhdar Zebari et Ayaz Karam ont comparu pour la première fois, ce lundi 15 février, devant la Cour pénale d’Erbil, selon plusieurs médias locaux. Ils sont accusés “d’atteinte à la sécurité nationale”.


Sherwan Sherwani a été arrêté le 7 octobre tandis que Guhdar Zebari et Ayaz Karam ont ete arrêtés le 22 octobre, dans un contexte particulièrement tendu. Le Kurdistan est secoué, depuis plusieurs mois, par un mouvement de protestation contre la gestion économique de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement régional. Les quatre journalistes s'étaient fait l'écho des manifestants en dénonçant sur leurs réseaux sociaux les retards de paiement aux fonctionnaires ou encore la corruption d’Etat.


De son côté, le GRK s’est expliqué, le 10 février 2021, sur les journalistes et activistes emprisonnés ces derniers mois. Interrogé en conférence de presse et sans citer de nom, le Premier ministre Masrour Barzani a affirmé que “certains individus étaient des agents pour des renseignements étrangers” et que d’autres "étaient armés et complotaient pour faire exploser des bâtiments et attaquer des citoyens étrangers". Des accusations passibles de la prison à vie. Dans le même temps, le chef du gouvernement a souligné que le GRK “soutient le journalisme et les droits des journalistes sous toutes ses formes”, tout en appelant à protéger le secteur des "activités illicites pratiquées sous la bannière du journalisme”.


Nous appelons le Gouvernement régional du Kurdistan à libérer les reporters et à abandonner les charges qui pèsent sur eux, réagit la responsable du bureau Moyen-Orient de RSF, Sabrina Bennoui. Si le GRK dit soutenir les journalistes et respecter leurs droits, il doit consentir à les laisser publier sur tous les sujets d'intérêt public, y compris les plus critiques envers sa politique actuelle, et en particulier dans ce contexte crucial qu’est la pandémie de Covid-19”. 


Fin novembre, RSF a saisi les Nations unies, avec l’organisation suisse MENA Rights Group pour dénoncer la détention arbitraire de Sherwan Sherwani, et les tortures qu’il a subies. Les deux organisations appellent à ce qu’une enquête impartiale et indépendante soit conduite sur sa disparition forcée et les sévices dont il a été victime en détention depuis son arrestation en octobre dernier.


Deux autres journalistes sont actuellement emprisonnés au Kurdistan irakien : Omed Baroshki a été arrêté le 18 août dernier et Qahraman Shukri le 27 janvier dans la capitale Erbil, à son domicile. Si les raisons de leur arrestation ne sont pas connues, ils avaient dénoncé la politique répressive du gouvernement régional. Qahraman Shukri est également le fils du journaliste Shukri Zaynadin, retrouvé mort en décembre 2016, dans des circonstances qui restent encore à élucider, son fils dénonçant, lui, un “assassinat politique”.


L’Irak occupe la 162e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.