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17 avril 2020

Kurdistan irakien : les arrestations de journalistes se multiplient depuis l’arrivée du coronavirus

Depuis le début de la pandémie de Covid-19 au Kurdistan irakien, les arrestations de journalistes se sont multipliées et le travail de terrain s’en trouve fortement entravé. Reporters sans frontières (RSF) dénonce un acharnement des forces de sécurité à la faveur de la crise.

En un mois seulement, au moins quatre journalistes ont été arrêtés par les forces de sécurité du Gouvernement régional du Kurdistan irakien (KRG). Le journaliste indépendant Hemn Mamand, qui réside à Erbil, a été placé en détention le 5 avril après avoir donné une interview à la chaîne NRT dans laquelle il décrivait ses conditions de vie lors d’un précédente détention. En effet, il sortait à peine de prison où il avait été placé pour avoir critiqué la politique du gouvernement autonome du KRG dans le cadre de la crise du coronavirus sur son compte Facebook.


C’est un post sur Facebook dans lequel il dénonçait le report du versement des salaires des fonctionnaires en période de coronavirus qui a également valu au journaliste indépendant Dilshad Himo, basé à Dohuk, d’être arrêté. Il a été libéré sous caution, ce jeudi 16 avril. Fin mars, le reporter de Kurdistan 24 Harem Jaf a été brièvement arrêté à Kifri, pour avoir dénoncé une perquisition chez un citoyen suspecté d’avoir été contaminé par le Covid-19. 


Les arrestations de journalistes s’enchaînent depuis que le Kurdistan irakien est touché par le coronavirus, s’alarme Sabrina Bennoui, responsable du bureau Moyen-Orient à Reporters sans frontières (RSF). Les forces de sécurité doivent impérativement cesser d’utiliser la crise actuelle pour pour procéder à des arrestations sans aucune charge ni aucun motif légitime.


La réalisation de reportages sur l’étendue de la pandémie et les mesures mises en place par le gouvernement se fait elle aussi dans des conditions difficiles. Le 7 avril, le journaliste indépendant Zryan Mohammad a été retenu pendant plusieurs heures à Souleymanieh pour avoir assuré sa mission d’information : il avait filmé un grand rassemblement - en réalité une distribution de salaires en extérieur-, qui se tenait malgré le couvre-feu.


Toujours à Souleymanieh, le caméraman du site Internet d’informations Nas Kurd Awder Omer a été violemment battu par les forces de sécurité alors qu’il filmait un poste de contrôle temporaire le 22 mars, installé en raison du couvre-feu. Son téléphone portable et son matériel ont été saisis et les images capturées ont été effacées.


Enfin, dans une lettre envoyée au ministère de l’Intérieur, le ministre de la Santé a réclamé la suspension de la chaîne NRT, l’accusant d’inciter les habitants au non respect du couvre-feu. Pour le moment, aucune décision n’a été rendue.


L’Irak occupe la 156e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.