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11 juin 2020

Kurdistan irakien : la chaîne NRT menacée de sanctions

Pour la deuxième fois en deux mois, le gouvernement de la région autonome du Kurdistan irakien a demandé à la chaîne NRT de suspendre ses activités dans le cadre du couvre-feu imposé pour lutter contre le coronavirus. Au nom du pluralisme des médias, Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à mettre un terme à ces pressions répétées.

Deuxième avertissement pour la chaîne kurde irakienne NRT. Le ministère de la Culture du gouvernement régional du Kurdistan s’en est pris au média, lié au mouvement Nouvelle génération, dont le fondateur qui est aussi propriétaire de NRT, Shaswar Abdulwahid, a rejoint les manifestations anti-gouvernementales que connaît la région depuis plusieurs semaines. “Votre chaîne est allée dans la terrible direction d’encourager les personnes à se rebeller contre les directives de protection, ce qui enfreint les ordres de couvre-feu et crée des doutes autour de l’existence de la pandémie de coronavirus”, précise le ministère. 


Ce communiqué fait suite à un premier avertissement, publié par le ministère de la Santé le 5 avril dernier, demandant au ministère de l’Intérieur “des mesures légales strictes contre NRT, y compris sa fermeture et sa traduction en justice”. Le ministère de la Santé reprochait à la chaîne d’avoir diffusé un reportage suggérant que les autorités avaient surestimé le nombre de malades du Covid-19 pour dissuader la population de manifester.


Les autorités kurdes irakiennes doivent cesser d’exercer des pressions sur la chaîne NRT et d’utiliser le prétexte du Covid-19 pour imposer des sanctions, dénonce Sabrina Bennoui, responsable du bureau Moyen-Orient à Reporters sans frontières (RSF). Empêcher un média de réaliser sa mission d’information en raison de sa proximité avec un mouvement politique concurrent relève de l’entrave au pluralisme des médias.


Contactée par RSF, la chaîne explique poursuivre ses activités normalement et ne pas avoir tenu compte de l’avertissement.


Dans plusieurs villes, le Kurdistan a été le théâtre de nombreuses manifestations antigouvernementales, dénonçant notamment des retards de salaires versés aux fonctionnaires. Les équipes de NRT ont été agressées par les forces de l’ordre à plusieurs reprises. Ainsi, à Souleymanieh, le 2 juin, le reporter Ehsan Sabir a reçu des coups et porte des marques sur son dos. De même, à Koya, le 5 juin, un rédacteur et son caméraman ont été interrompus lors d’une intervention en direct. Les forces de l’ordre ont ensuite ouvert le feu.


L’Irak occupe la 162e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.