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31 octobre 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Journalistes et médias violemment attaqués


Reporters sans frontières condamne avec fermeté les attaques délibérées à l’encontre des journalistes et médias perpétrées depuis le 25 octobre au Bangladesh. “La violence exercée à l’encontre des professionnels des médias est intolérable. Nous demandons que justice soit faite, que les coupables soient retrouvés par les autorités et répondent de leurs actes devant la justice. Nous soutenons et relayons les déclarations du conseil des éditeurs, et de l’Union fédérale des journalistes du Bangladesh qui ont fermement condamné ces attaques. Il est impératif que les autorités soient en mesure d’assurer des conditions de sécurité dignes de ce nom pour que les acteurs de l’information puissent travailler sereinement, et que les partis politiques n’encouragent pas leurs soutiens à s’en prendre aux journalistes” a déclaré l’organisation. Les attaques contre les médias ont débuté le 25 octobre, lorsqu’une manifestation de l’opposition a dégénéré. Elles se sont poursuivies au cours du “shut-down” de soixante heures imposé par les membres de l’opposition qui réclamaient la mise en place d’un gouvernement neutre pendant 90 jours, afin d’établir un environnement impartial et libre en vue des élections parlementaires prévues en janvier 2014. Les écoles, centres commerciaux, transports publics sont restés clos, en dépit de l’appel du Premier ministre à ne pas suivre cette grève. Dès le 25 octobre à Dacca, les bureaux de certains médias, particulièrement des chaînes de télévision privées, ont été visés par des bombes artisanales de la part des membres de la Jamaat-e-Islami. Il s’agit de Channel 71, Desh TV, Mohona TV, My TV, ainsi que les journaux Bohrer Kagoj et bdnews24.com. L’éditeur en chef de Channel 71, Zakaria Biblop, qui a été blessé a du être transféré à l'hôpital militaire en raison de son état critique, mais ses jours ne sont pas en danger. Toujours dans la capitale, Masudur Rahman, caméraman de la télévision privée Channel-i a reçu des éclats de balles après que la police a tiré des coups de feu visant à disperser un convoi du groupe Jubo Dal, proche du BNP. Kafi Kamal, journaliste au quotidien Manabzamin a été blessé suite à l’explosion d’une bombe en face du quartier général du BNP. Rashed Nizam, journaliste pour la chaîne Channel24 a été attaqué par les activistes de Jamaat-e-Islami. Des attaques semblables ont été perpétrées à Rajshahi contre Abdus Salam de la télévision Shomoy TV et Sheikh Tofazzal Hossain de la station RTV. Ce dernier a été transféré à l'hôpital dans un état critique après avoir été frappé à coups de matraques alors que sa caméra a été endommagée et ses effets personnels volés. Le 29 octobre, les activistes de Jamaat-e-Islami ont agressé Abu Habib, journaliste du quotidien Dainik Janmabhumi alors que ce dernier couvrait des actes de vandalisme dans le village de Kaliganj. Il a été frappé à l’aide de bâtons, son appareil photo et son téléphone lui ont été arrachés, et son pouce a été partiellement sectionné. Il a été transféré d’urgence à l'hôpital de Sathkira Sadar où son transfert dans un établissement spécialisé a été ordonné. Dans la ville de Narayanganj, aux abords de Dacca quatre correspondants locaux ont été blessés après que des bombes artisanales ont été jetées contre leurs véhicules à deux roues portant la mention “Presse”. Les membres du parti d’opposition, le Bangladesh National Party (BNP) sont suspectés d’avoir commis ces actes. Rasel Ahmed de Kaler Kantho, Riaz Hossain du Ajkaler Khabor, G.M Shahid du Shakaler Khabor et Imdadul Haque Dulal du journal Arthoniti Protidin ont quitté l'hôpital après avoir reçu les soins nécessaires. A Thakurgaon, au nord de la capitale, le correspondant de la chaîne NTV, Luftar Rahman Mithu a été blessé alors qu’il couvrait des affrontements entre les activistes politiques du BNP d’une part, et de la ligue Awami (parti au pouvoir) d’autre part. Au cours de ces clashs, la moto du journaliste de Maasranga TV Badrul Islam, a été incendiée, mais ce dernier en est sorti indemne. Sardar Anisur Rahman, le chef du bureau du quotidien pro-opposition Amar Desh a subi des jets de pierres au cours d’affrontements entre la police et les membres du BNP, avant d’être conduit à l'hôpital de Rajshahi. A Chittagong, deux journalistes, Nasir Uddin Tota de Bangla Vision TV et Abul Hasnat, de ATN News ont été blessés alors qu’ils venaient en aide à l’un de leur collègue, le caméraman de la chaîne de télévision privée ATN Bangla’s Mohammad Farid Uddin attaqué par de jeunes activistes de Jamaat-e-Islami. A Jessore, dans le sud-ouest, Labual Haq Ripon journaliste au sein du quotidien Dainik Samajer Katha a été attaqué par des ce même genre d’individus, alors que Sakirul Kabir Riton, secrétaire général de l’Union des journalistes du Jessore et correspondant pour la télévision Boishaki Television a été visé par une bombe. Enfin, de nombreux véhicules transportant des personnels des médias ont également fait l’objet d’attaques dans les villes de Bogra et Noakhali. Dans un communiqué de presse datant du 30 octobre, le Conseil des éditeurs du Bangladesh a fait part de son inquiétude suite à ces attaques, et a appelé les partis politiques à empêcher leurs activistes de s’en prendre aux professionnels des médias, tout en soulignant l’importance de disposer de médias actifs et indépendants au sein d’une société démocratique. Des déclarations semblables ont été faites par l’Union fédérale des journalistes du Bangladesh. Ces attaques sont les plus importants à l’encontre des médias depuis huit ans. Le Bangladesh se situe à la 144ème position sur 179 dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2013.