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12 août 2020 - Mis à jour le 14 août 2020

Jordanie : la justice interdit aux médias de publier sur les manifestations

Alors que la Jordanie est secouée par un mouvement de contestation touchant les enseignants, les autorités ont interdit toute publication sur le sujet et interpellé plusieurs journalistes. Reporters sans frontières (RSF) dénonce des mesures inacceptables qui entravent le droit à l’information.

Le tribunal de grande instance de Amman a interdit aux médias, ce dimanche, de publier des informations concernant les manifestations des enseignants après la fermeture de leur syndicat par les autorités, le 25 juillet dernier. Ces fonctionnaires protestent depuis plusieurs semaines notamment contre le gel de leur augmentation de salaire en raison de la crise du Covid-19. La décision du tribunal intervient une semaine après l’interdiction de publication émise par le procureur général. En Jordanie, l’article 255 du Code pénal et l’article 39 de la loi sur la presse et les publications autorisent les juges à interdire “toute publication en rapport avec une affaire ou un crime en cours d’investigation”. Or la décision relative aux manifestations des professeurs n'implique pas directement une affaire en cours d'instruction.


Les journalistes présents sur place près du siège du syndicat le jour de sa fermeture ont dénoncé le blocage des lieux par les forces de l’ordre, qui les ont empêchés de filmer. L’un d’eux, Omar Akour, a reçu des coups de matraque sur la tête alors qu’il s’était présenté comme journaliste et son matériel a été endommagé.


Cette interdiction de publication est une atteinte inacceptable au droit d’informer et témoigne d’une forte détérioration du climat pour les journalistes jordaniens, s’alarme Sabrina Bennoui, responsable du bureau Moyen-Orient à RSF. Cette mesure est d’autant plus inacceptable qu’elle a été prise dans le seul but de limiter la couverture d’un fait d’actualité. Empêcher un sujet d’intérêt général de s’ébruiter ne le fait pas disparaître ! Museler les médias et bafouer le droit d’informer entache par contre durablement l’image d’un pays.


Plusieurs reporters ont tout de même tenté de couvrir les manifestations ou écrire sur le sujet malgré l’obligation de silence et ont été arrêtés par les autorités. C’est le cas du journaliste du site d’information Jo24 Bassel Al-Okour, du journaliste du site Albosala Khalil Qandil et du correspondant de l’agence turque Anadolu Laith Al-Juneidi, respectivement interpellés le 28 juillet, le 3 août et le 9 août pour violation de l’interdiction.


Par ailleurs, le débit Internet a été fortement réduit et les diffusions en direct des manifestations ont subi des restrictions au cours des derniers jours, comme le révèle le collectif NetBlocks.


La Jordanie occupe la 128e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.