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9 août 2021

Iran/Suède : RSF salue l’ouverture du procès de Hamid Noury poursuivi en Suède pour des massacres de prisonniers politiques, notamment de journalistes, en 1988.

Trente-trois ans après les faits, RSF se félicite de l’ouverture du procès de Hamid Noury ce mardi 10 août à Stockholm (Suède). Hamid Noury a exercé des responsabilités dans la prison de Gohardasht (actuellement Rajai Shahr, au nord de Téhéran) lorsque plusieurs centaines de prisonniers, dont des journalistes, ont été exécutés en 1988. RSF, qui a contribué à l’enquête, est présente à l’audience.

Selon des informations concordantes recueillies par RSF,  Hamid Noury, aujourd’hui sexagenaire, était membre de la “commission de la mort” de la prison de Gohardasht qui a décidé en 1988 de l’exécution de plusieurs centaines de prisonniers, dont des journalistes.


Cette “commissions de la mort” avait été créée en vertu d'une fatwa (édit religieux), émise par l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, le 27 juillet 1988. Cet organe avait pour mission d'interroger et envoyer à la mort des milliers de prisonniers politiques, déjà jugés et condamnés à la prison par les tribunaux révolutionnaires. À Téhéran, après des interrogatoires ne durant parfois que quelques minutes, des milliers de prisonniers qui refusaient de renoncer à leurs convictions ont ainsi été liquidés sur ordre de la commission. 


Hamid Noury a été arrêté le 9 novembre 2019, à sa descente d’avion à Stockholm, sur la base de la compétence universelle de la Suède à connaître de ce que le droit suédois qualifiait à l’époque des faits de “crimes contre le droit international”, en l’espèce des crimes de guerre et des meurtres, dès lors que le suspect se trouve sur son territoire. 


Le procès de Hamid Noury est à la fois le premier procès des crimes du régime des Mollahs et le premier procès des terribles massacres de 1988. RSF salue cette double première et le travail remarquable des procureurs suédois, souligne Antoine Bernard, directeur du plaidoyer et du contentieux stratégique de RSF. Mais nous les appelons à poursuivre leur effort : de nombreux journalistes figurent parmi les victimes des massacres de 1988 en raison de leur activité journalistique. Noury doit aussi être appelé à en rendre compte, en attendant que le Président iranien Ebrahim Raïssi et les autres membres des “commissions de la mort” soient à leur tour rattrapés par la justice”.


Les anciens membres de la “commission de la mort” la prison de Gohardasht exercent les plus hautes responsabilités au sein du régime. Le membre le plus influent de la commission, Ebrahim Raïssi, est ainsi devenu depuis son élection en juin 2021, le nouveau président de la République islamique iranienne, en fonction depuis le 3 août dernier. En mars 2019, alors qu’Ebrahim Raïssi était nommé à la tête de l’Autorité judiciaire iranienne, RSF avait dénoncé sa responsabilité dans ce massacre ainsi que son rôle dans les arrestations, tortures, emprisonnements et exécutions de journalistes durant les années 80. 


Reporters sans frontières (RSF) venait de révéler l’existence d’un registre officiel au terme duquel entre 1979 et 2009, au moins 860 journalistes ont été poursuivis, arrêtés, détenus, voire exécutés par les autorités iraniennes en raison de leur activité journalistique, montrant l’ampleur du mensonge d’Etat orchestré autour des persécutions judiciaires en Iran depuis 40 ans. 


RSF sera présente à ce procès après avoir contribué à l’enquête en y versant plusieurs témoignages, dont celui de Reza Moini, directeur du bureau Iran Afghanistan de RSF. Reza Moini a également perdu quatre membres de sa famille dans les massacres de 1988 dont son frère et son beau-frère, tous deux journalistes . 


Le procès de Stockholm pourrait aussi permettre d’évoquer le rôle de Mostafa Pour-Mohammadi, haut responsable de la justice, ministre des Renseignements, ministre de l’intérieur (2005-2007) et de la Justice (2013-2017),de Hossein Ali Nayeri, vice-président de la Cour suprême, deMorteza Esharghi, retraité de la justice après avoir occupé des postes importants et aujourd’hui avocat on encore de Mohammad Moghiseh.


Chargé des interrogatoires et tortionnaire des prisons d’Evin, Mohammad Moghiseh, l’un des collaborateurs de Hamid Noury, impliqué dans les exécutions massives de prisonniers politiques en 1988, a été président de la 28e chambre des tribunaux de la Révolution de Téhéran. Depuis juin 2009, ce magistrat a condamné une centaine de journalistes professionnels ou non professionnels à de lourdes peines de prison. 


L’Iran se situe à la 174e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2021 de RSF