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8 septembre 2020

Iran : une vague de répression contre les journalistes en guise de réponse à l’ONU

En Iran, au moins cinq journalistes ont été la cible des autorités, quelques semaines après la publication d’un rapport accablant de l’ONU sur les droits humains et la liberté d’information. Reporters sans frontières (RSF) condamne cette nouvelle vague de répression contre les médias.

Cinq journalistes viennent de faire les frais de la politique de répression envers les médias des autorités iraniennes, dénoncée dans le dernier rapport de Javaid Rehman, le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en République islamique d’Iran. Publié le 21 juillet dernier, ce document dévoilait la déplorable situation des droits humains, et notamment de la liberté d'information, en Iran.



Le journaliste indépendant Mohammad Mosaed a été condamné, le 2 septembre, à quatre ans et neuf mois de prison ferme et deux ans d’interdiction d’activités journalistiques. Il s’est également vu confisqué son matériel de communication. La 26e Chambre du tribunal de la révolution a statué que ses activités journalistiques étaient des « noircissements [de la situation] », qu’elles avaient « présenté de fausses crises » et « vidé le cerveau des lecteurs ». Le journaliste avait été arrêté le 17 novembre 2019 pour avoir annoncé, sur son compte Tweeter, la coupure du réseau internet en Iran, avant d’être libéré le 7 décembre 2019,  après le versement d’une caution. A la suite de messages sur l’épidémie de Covid-19 publiés sur les réseaux sociaux, il a été convoqué le 23 février 2020 et interrogé par des agents du renseignement des Gardiens de la révolution.


Une journaliste de l’agence officielle Mehr News (dont est issue l’organisation de propagande islamique), Kosar Karimi, a été arrêtée le 28 août pour avoir couvert une protestation populaire dans un village du sud du pays, près de la ville d’Ahvaz. Depuis un an, ses habitants luttent pour préserver leur maison de la destruction par la fondation religieuse la plus riche du pays. Ces derniers jours, le village a été le théâtre d’affrontement entre les villageois et les forces de police. Selon l’un des responsables de Mehr News, Kosar Karimi a été libérée provisoirement le jour même après le versement d’une caution, mais selon le vice-président de l’organisation de propagande islamique, « un responsable a menacé l’agence pour que cette journaliste cesse de couvrir ces événements, sous peine de convoquer le directeur de l’agence ». 


Le lendemain, le journaliste indépendant Babak Tahmasebi a été informé de la confirmation de sa peine de deux ans de prison ferme et de 74 coups de fouet par la 17e Chambre du tribunal d'Ahvaz. Il a été accusé de « publication des fausses informations » et de « diffamation », à la suite de la plainte de la direction de la National Iranian Drilling Company (NIDC) au sujet de son article sur la dégradation de la situation de ses ouvriers. Le mandat d'arrêt a été délivré le jour même.


A Kerman, au sud-est de l’Iran, le journaliste du site d’information Tabnak Amirreza AmirTaimouri a été convoqué le 30 août par la cyberpolice (FATA) de la ville à la suite d’une plainte du député municipal et du président de la commission économique du Parlement. Accusé de « publication de fausses informations pour troubler l’opinion public », le journaliste a été mis en examen mais libéré sous caution en attendant son jugement.  


Le tribunal de Gonbad-e Kavous (province du Golestan, au nord du pays) a condamné le journaliste indépendant Aman Mohammad Khojamli à une amende d’1,6 million toman pour « publication de fausses informations ». Le journaliste a été arrêté le 7 février 2020 et libéré sous caution en attendant son jugement. Le journaliste a précisé aux médias qu’il a été condamné pour ses article sur la crise économique.


« L'augmentation des protestations contre le régime iranien a entraîné celle de la répression contre les journalistes, dénonce Reza Moini, responsable du bureau Iran-Afghanistan de RSF. Après avoir publié son rapport sur la situation en Iran, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU doit désormais prendre des mesures concrètes pour défendre les journalistes et les journalistes-citoyens, qui sont censurés, menacés, détenus arbitrairement, maltraités et parfois torturés pour avoir simplement exercé leur métier. »

L’Iran se situe à la 173e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF.