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12 juin 2020

Iran : nouvel acharnement judiciaire contre la journaliste Narges Mohammadi

En prison depuis 2015, Narges Mohammadi, confrontée à de nouvelles accusations, s’est vue contrainte d’y répondre depuis sa cellule. Reporters sans frontières (RSF) condamne ce nouvel acharnement des autorités judiciaires envers cette journaliste et militante des droits humains.

C’est le frère de la journaliste Narges Mohammadi qui a dénoncé la nouvelle accusation absurde dont elle fait l’objet. Dans une lettre ouverte adressée aux autorités judiciaires iraniennes, Mehdi Mohammadi, aujourd’hui réfugié en Norvège, explique que sa sœur est accusée “d’avoir dansé en prison pendant les jours de deuil commémorant l’assassinat de l’imam chiite Hussein”. Or, poursuit-il, “qui peut croire que cette femme, connue de tous comme étant musulmane, danserait en un jour de deuil ?”  Qui plus est, le tribunal de la ville de Zanjan, située à quelque 300 km au nord de Téhéran et où est détenue la journaliste, a décidé le 5 mai “de transporter la salle d’audience et un juge dans la prison pour entendre sa défense”, précise encore Mehdi Mohammadi, avant d’ajouter : “Elle n’a pas non plus été autorisée à sortir pour voir un médecin, qui s’est déplacé dans sa cellule. Elle est traitée comme une terroriste.”


L’acharnement que subit Narges Mohammadi témoigne de la discrimination judiciaire ordonné par le ministère des Renseignements et les hauts responsables de la justice iranienne, dénonce Reza Moini, responsable du bureau Iran-Afghanistan de RSF. L’organisation appelle le rapporteur spécial de la situation des droits de l'homme en Iran, Javaid Rehman, à intervenir le plus rapidement en sa faveur et à tout mettre en œuvre pour obtenir la libération de la plus ancienne journalistes emprisonnée en Iran.”


Arrêtée le 5 mai 2015, Narges Mohammadi, journaliste et alors porte-parole du Centre des défenseurs des droits de l’homme, avait été condamnée à six ans de prison ferme pour “action contre la sécurité nationale et publicité contre le régime.” Un an plus tard, à Téhéran, un nouveau procès lui infligeait 16 ans de détention. Selon une loi adoptée à l’été 2015, un accusé condamné pour plusieurs délits ou crimes ne purge que la peine principale. La journaliste a ainsi été condamnée officiellement à 10 ans. Fin 2019, elle avait été transférée arbitrairement et violemment de la prison de Téhéran vers celle de Zanjān et avait fait face à de nouvelles accusations. Elle souffre de graves problèmes de santé.


La journaliste de 47 ans, qui s’est vue décerner la médaille de la ville de Paris en mai 2016 par Anne Hidalgo, est privée depuis huit mois de contacts avec son mari, Taghi Rahmani, et leurs enfants, exilés à Paris.


L’Iran se situe à la 173e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF.