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4 mars 2020

Iran : le coronavirus s’est propagé dans les prison, la vie des journalistes détenus est en danger

Reporters sans frontières (RSF) exprime sa plus grande inquiétude face à la situation des journalistes emprisonnés en Iran. Déjà privés de soins médicaux en temps normal, ils sont en danger de mort depuis que le coronavirus s’est propagé dans les prisons.

En dehors de la Chine, l’Iran est l’un des pays comptant  le plus grand nombre de décès dus au coronavirus. A ce jour, selon les chiffres officiels,  au moins 92 personnes en sont mortes et près de 2922 ont été contaminées. En ce qui concerne les détenus, il n’y a pas de chiffre officiel, mais selon leurs familles, il y a de nombreux cas de contamination. La république islamique imite la Chine à la fois dans la dissimulation d’informations sur la propagation du virus et dans la maltraitance des prisonniers politiques.


Le 26 février 2020, alors que la propagation du virus prenait de l’ampleur, le chef du pouvoir judiciaire, Ebrahim Raïssi, a ordonné par décret d’éviter autant que possible les nouvelles arrestations afin de ne pas augmenter le nombre de détenus. Il a aussi accordé des permissions de sortie à un grand nombre de prisonniers.


Cependant, les condamnés à plus de cinq ans de prison pour « action contre la sécurité nationale » sont exclus de cette mesure de clémence. C’est le cas de la plupart des 24 journalistes actuellement détenus, qui vont donc rester en prison alors que le coronavirus y fait chaque jour de nouvelles victimes. Les familles de plusieurs prisonniers politiques ont publié une lettre ouverte demandant aux autorités leur libération, ou au moins des permissions de sortie provisoires, jusqu’à la fin de l’épidémie.


Hengameh Shahidi, une journaliste condamnée à douze ans de prison et détenue depuis deux ans, a probablement été contaminée, et serait hospitalisée à l’infirmerie de la prison d’Evin, selon son avocat.


Faeze Abdipour l’épouse de Mohammahd sharrifi Moghadam, membre de la rédaction du site d’information Majzooban Nor, se dit très inquiète du sort de son mari emprisonné, et lance un appel sur Twitter : «   Mohammad a été condamné à sept ans de prison, et selon la loi, il devrait purger cinq ans. Mais après 743 jours de détention, il n’a pas bénéficié d’un seul jour de permission de sortie tel que prévu par la loi » Six autres membres de la rédaction de Majzooban Nor sont dans la même situation.


Certains journalistes sont à nouveau victimes d’acharnement judiciaire avant même d’avoir été libérés. La journaliste et militante des droits humains Narges Mohammadi a été transférée arbitrairement de la prison de Téhéran vers celle de Zanjān, dans le nord du pays, et doit comparaître devant un tribunal de cette ville. Cette fois, elle est accusée de « complot contre la sécurité nationale », pour avoir écrit des lettres de protestation contre la répression sanglante des manifestations de novembre 2019. En outre, le directeur de la prison de Zanjan a porté plainte contre elle pour «diffamation» et provocation au désordre dans la prison.


« Nous sommes extrêmement inquiets pour la santé de ces prisonniers. Ils doivent être libérés, ou au moins bénéficier d’une libération provisoire tant que sévira l’épidémie, déclare Reza Moini, responsable du bureau Iran/Afghanistan de RSF. En vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques - auquel l’Iran a adhéré - la mise en danger de la vie des détenus, ou la privation de soins médicaux, constituent des violations de l’interdiction de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants. »


L’Iran se situe à la 170e place sur 180 dans le classement de la liberté de la presse de RSF