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25 juin 2020

Iran : la repentance en ligne, nouvelle méthode de répression

Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement les pressions et menaces exercées sur les journalistes par les Gardiens de la révolution pour les contraindre à se repentir en ligne et leur imposer le silence.

Plusieurs journalistes et militants des droits humains, ainsi que des écrivains et des artistes, ont dû publier, sur leur compte Twitter, Instagram ou Facebook, des regrets et des excuses pour les informations qu’ils ont publiées ou leurs positions qu’ils ont prises. Selon les informations recueillies par RSF, ces vagues de « repentances en ligne » font suite à leur convocation par les services de renseignements des Gardiens de la révolution ou à des menaces d’arrestation.


Pour avoir critiqué les arrestations puis le verdict du procès de huit écologistes membres de la Persian Wildlife Heritage Foundation, accusés d’espionnage et d’activité contre la sécurité nationale, et condamnés à quatre et à dix ans de prison, deux journalistes ont été contraints de publier des tweets liés à cette affaire. Le 13 juin, le compte de Leila Margan, journaliste au quotidien Shargh affichait le tweet suivant : « Considérant que le tribunal, en tant que plus haute autorité pour les crimes d’espionnage, a approuvé l'avis des autorités judiciaires sur le dossier des “Persian Heritage”, je ne tweeterai pas à l'avenir sur ce sujet et je regrette mes ancien tweets. » Le lendemain, Mojgan Jamshidi, journaliste spécialiste de l’environnement, tweetait : « Parce que je vis dans ce pays, si je reçois des tweets qui émettent des doutes sur le verdict, je les corrige et je respecte l’avis du tribunal.» 


Avant elles, Mohammad Moeeni, blogueur et journaliste, a lui choisi de faire ses adieux sur Tweeter le 18 mai : « Vous lisez mon dernier tweet et je laisse ce petit coin d’espace virtuel aux officiers mercenaires qui maquillent vos oppressions. Soit j’écris ce que je veux soit je n’écris jamais.»


« Contraindre au repentir en ligne s’inscrit dans la continuité de la vieille méthode qui consistait à obliger les prisonniers à exprimer des regrets et à passer aux aveux, dénonce Reza Moini, responsable du bureau Iran-Afghanistan de RSF. Ces répressions constituent une atteinte grave aux droits fondamentaux des Iraniens, et notamment à la  liberté d’expression et d’information. Le régime de Téhéran doit respecter ses engagements envers les normes internationales, et plus particulièrement envers la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont l’Iran est signataire


La pression exercée par l’Organisation du service de renseignement des Gardiens de la révolution ne se limite pas aux journalistes : plusieurs artistes et écrivains ont publié sur leur page de réseau social des annonces similaires. Cette vague de répression de journalistes et d’internautes montre bien que la République islamique ne tolère pas même les réseaux sociaux qu’elle a déjà amputés par des blocages et une surveillance accrue.



Dans un communiqué publié le 22 juin 2020, 300 intellectuels iraniens ont protesté contre le climat d’intimidation, de harcèlement, d’arrestation et de censure qu’ils subissent et contre ses effets néfastes sur la liberté d’expression et la culture dans leur pays.


L’Iran se situe à la 173e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF.