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28 avril 2020 - Mis à jour le 29 avril 2020

Iran : deux journalistes arrêtés après la diffusion d’une caricature moquant la préconisation de remèdes traditionnels pour lutter contre le coronavirus

Alors que toutes les informations fiables et de qualité sur l’épidémie de Covid-19 sont systématiquement censurées en Iran, deux journalistes ont été arrêtés à la suite de la publication d’une caricature dénonçant des remèdes hasardeux contre la maladie, au prétexte « d’insulte envers des principes sacrés de l’islam » ou de dirigeants religieux.

La caricature aurait été mise en ligne juste pendant quelques minutes sur la chaîne Télégram Iran Labour News Agency (ILNA) avant d’être supprimée.  Le dessin montre un malade entouré de deux guérisseurs islamiques. L’un veut lui administrer une huile violette par voie rectale et l’autre veut lui faire boire de l'urine de chameau. Sur le mur, au centre, trône une photo d’un mollah en tenu d’infirmier, ressemblant au guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, qui fait signe de se taire.  Ce dessin se moque des responsables religieux qui ont récemment préconisé des remèdes traditionnels de “médecine islamique”, et notamment un liquide mystérieux baptisé le “parfum du prophète” ou de l’huile de violette sur du coton en suppositoire, pour guérir les malades atteints du coronavirus.


L’agence IlNA a démenti dans un communiqué avoir publié cette caricature dans la soirée du 23 avril, qui a valu à l’administrateur de la chaîne diffusée sur Telegram, Hamid Haghjoo, et au directeur de l’agence, Masoud Heydari, d’être arrêtés le lendemain par le parquet de Téhéran pour « publication d’une caricature insultant le guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei ». Si le responsable d’ILNA, a été libéré après le versement d’une caution, l’administrateur de la chaîne sur Telegram a été maintenu en détention.


Depuis la mi-février 2020, date de l’annonce officielle des premiers cas de Covid-19 en Iran,  au moins 18 journalistes et journalistes-citoyens ont été arrêtés à travers le pays, déplore le responsable du bureau Iran de RSF, Reza Moini. Dans un régime qui est prêt à tout pour masquer la réalité de l’épidémie de Covid-19 et notamment le véritable nombre de personnes contaminées et décédées, se moquer de remèdes fantaisistes, voire nocifs pour la santé, est aussi dangereux que de révéler des informations indépendantes sur la crise sanitaire.”


L’Iran qui vient de perdre trois places dans le dernier Classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF se situe désormais à la 173e place sur 180 pays.