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22 juillet 2020

Iran : des proches de journalistes condamnés à des peines de prison pour avoir défendu fils ou soeur

Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement le chantage exercé par les autorités iraniennes sur les familles de journalistes après que des proches de deux d’entre eux ont écopé de peines de prison ferme à 48 heures d’intervalle.

En deux jours, des proches de deux journalistes ont été condamnés à de la prison ferme par des tribunaux de la révolution à Téhéran : Farangis Mazloom, la mère de Soheil Arabi, lauréat du prix RSF 2017 dans la catégorie journaliste-citoyen actuellement emprisonné, a été condamnée à six ans de prison ferme pour “réunion et complot contre la sécurité nationale” et “propagande contre le régime” le 14 juillet. Le lendemain, ainsi que l’a tweeté son avocat, c’est Alireza Alinejad, le frère de la journaliste Masih Alinejad, journaliste et militante des droits des femmes en exil, qui a été condamné à huit ans de prison pour “réunion et complot contre la sécurité nationale”, “insulte envers le Guide suprême Ali Khamenei” et  “propagande contre le régime”. Farangis Mazloom et Alireza Alinejad avaient été arrêtés respectivement en juillet et septembre 2019. avoir été détenue à la prison Evin à Téhéran, la mère de Soheil Arabi a été provisoirement libérée en octobre 2019 dans l’attente de son jugement. Son seul crime avait été d’alerter l’opinion publique sur les conditions de détention de son fils et de protester contre les traitements inhumains et dégradants qui lui sont infligés par les autorités iraniennes. Quant à Alireza Alinejad, il avait enregistré, juste avant son arrestation, une vidéo où il dénonçait la pression exercée sur lui et sur ses parents pour qu’ils condamnent publiquement les activités de la journaliste, que celle-ci a publié le jour même de New York, où elle vit depuis 2009.


Ce n’est pas la première fois que le régime de Téhéran exerce un chantage sur les familles de journalistes, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Imagine-t-on le degré d’abomination institutionnelle ? Condamner un frère à une peine de prison au motif qu’il a refusé d’être complice d’une tentative d’enlèvement de sa soeur par les services spéciaux ou s’en prendre de la sorte à une mère qui dénonce la situation déplorable de son fils malade et emprisonné, va à l’encontre de  tous les engagements d’un État vis-à-vis du droit international, et, au-delà, de la dignité institutionnelle la plus élémentaire.”     


Contactée par RSF, Masih Alinejad a déclaré : “Ces accusations contre lui sont fausses et n’ont d’autre but que celui de me faire taire. Le seul crime de mon frère est d’avoir déjoué le plan des Gardiens de la révolution de m’enlever en Turquie pour me ramener en Iran. Mais mon frère m’a alertée et ils ont échoué.” La journaliste a lancé plusieurs campagnes pour défendre les droits des femmes - “My Stealthy Freedom” (“Ma liberté furtive”) et “White Wednesdays” (“Mercredis blancs”) contre le port obligatoire du voile, et #MyCameraIsMyWeapon (“Ma caméra est mon arme”), contre les violences verbales ou physiques. Largement diffusées sur les réseaux sociaux, elles ont provoqué la colère des autorités. Depuis, Masih Alinejad est harcelée et menacée, et sa famille en Iran subit une pression implacable. 


L’enlèvement d’activistes politiques et de journalistes est une méthode connue du régime de Téhéran. Le directeur du site d’information Gilan noo, Arash Shoa-e Shargh, exilé après avoir été condamné en Iran pour publication de “fausses informations” et “publication sans autorisation”, a ainsi été enlevé le 5 février 2018 devant son domicile de la ville de Van (est de la Turquie). Il n’est réapparu que 25 jours plus tard dans une prison iranienne. Le directeur de la chaîne Telegram Amadnews et du site d’information du même nom, Rouhollah Zam, a lui été enlevé le 12 octobre 2019 en Irak par des gardiens de la Révolution iranienne et emmené de force en Iran. Le 30 juin 2020, il a été condamné à la peine capitale. 

 

L’Iran, qui a perdu trois places dans la toute dernière édition du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, se situe désormais à la 173e place sur 180 pays.