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7 janvier 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Interrogatoires, perquisitions, interpellations de journalistes et de militants : le KGB orchestre la répression


Les autorités bélarusses poursuivent leur politique de répression, multipliant les perquisitions, les interrogatoires et les interpellations de journalistes. Les avocats qui les défendent sont eux aussi victimes de mesures de rétorsion. Au cœur des ces vastes opérations qui durent maintenant depuis près de vingt jours : le Comité pour la sécurité d’Etat (KGB). Le rôle central de la police politique dans la répression actuelle traduit une réelle régression politique. Tous les moyens diplomatiques doivent être mis en œuvre pour obtenir la libération inconditionnelle des journalistes, militants et hommes politiques détenus ou emprisonnés. Les pressions sur ceux qui sont encore en liberté, ainsi que sur les avocats qui les défendent, doivent cesser. Il faut que les gouvernements européens déterminent et mettent en œuvre une position commune vis-à-vis du Bélarus. De telles violations des droits fondamentaux sont inadmissibles de la part d’un pays membre de l’OSCE et voisin immédiat de l’espace communautaire. Belsat et Nasha Niva dans la ligne de mire Le 6 janvier 2011, la journaliste de la télévision basée en Pologne Belsat, Viktoria Kolchina a été interrogée par le KGB. Elle prépare actuellement un documentaire sur les journalistes bélarusses dont la mort est liée à l’activité professionnelle. La journaliste travaille notamment sur le décès d’Oleg Bebenine, grande figure du journalisme au Bélarus et du groupe d‘opposition Charter 97 (Khartia-97), dont il avait fondé et dirigé le site d’informations. Le 4 janvier, à six heures du matin, des officiers du KGB ont perquisitionné le domicile d’Ales Barzenka, journaliste pour la même chaîne, saisissant l’ordinateur de sa compagne. Ils agissaient, selon le porte-parole de Belsat, Mikhaïl Yanchuk, dans le cadre de l’enquête ouverte par la police de Minsk sur les « émeutes » du 19 décembre 2010. Ales Barzenka a été interrogé plus tard ce même jour. Plusieurs autres journalistes de la télévision polonaise ont fait ou font l’objet de pressions. La semaine dernière, les bureaux de Belsat ont été fouillés, à l’instar de l’appartement de la journaliste Kastiarina Tkachenka. Trois employés de la chaîne (dont Tatiana Boublikova), interpellés durant la couverture des manifestations de mécontentement du 19 décembre dernier, ont été condamnés à des peines de 10 à 15 jours de prison. Le 3 janvier, une photojournaliste de l’hebdomadaire privé Nasha Niva a reçu des menaces téléphoniques anonymes, après qu’elle a refusé de répondre aux questions du KGB. Un inconnu a prédit à la journaliste qu’elle serait bientôt « très pâle, sans dents et la bouche ensanglantée ». Plus tôt dans la journée, Tatsiana Haurylchouk s’était rendue dans les locaux du Comité pour la sécurité d’Etat en compagnie de son avocat. Les officiers refusant que ce dernier assiste à l’interrogatoire, la journaliste avait quitté les lieux. Quelques jours auparavant, le 31 décembre, quatre officiers du KGB avaient perquisitionné son logement à la recherche de matériaux liés aux manifestations post-électorales. L’appareil photo, l’ordinateur et des cartes mémoires de la journaliste ont été saisis. Le même jour, une autre photographe de Nasha Niva, Yulia Daraskevitch, avait connu le même traitement. Avocats et défenseurs des droits de l’homme sont eux aussi sous pression Le domicile de plusieurs militants des droits de l’homme, de représentants de l’opposition, ainsi que le local du Comité Helsinki bélarusse ont été fouillés, dans le but de saisir tout document relatif au 19 décembre. Par ailleurs, plus de vingt personnes (militants politiques, journalistes, etc.) sont toujours détenues et suspectées d’avoir organisé les manifestations qui s’étaient déroulées dans le centre de la capitale, ce jour. Elles risquent pour cela de trois à 15 ans de prison. Parmi elles, Natalia Radzina, rédactrice en chef du site d’opposition charter97.org, Irina Khalip, correspondante du trihebdomadaire russe indépendant Novaïa Gazeta, et épouse d’Andreï Sannikau, candidat à l’élection présidentielle lui aussi arrêté. Mais aussi de nombreux membres de l’Association bélarusse des journalistes (BAJ), organisation partenaire de Reporters sans frontières : Pavel Seviarinets (l’un des leaders du parti chrétien démocrate), Sergei Vozniak, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Tovarich, et Alexandre Fiaduta (tous deux engagés dans la campagne de Uladzimir Niakliaeu), Zmitser Bandarinka, l’un des responsables de la campagne électorale d’Andreï Sannikau. L’état de santé de Natalia Radzina, blessée à la tête le 19 décembre, est source d’inquiétudes et d’interrogations. En effet, le 30 décembre, la mère de la rédactrice en chef, s’était alarmé de son mauvais état de santé, après sa dernière rencontre avec son avocate. Elle avait déclaré qu'« (elle) avait besoin de passer des examens médicaux, ce qui lui est refusé », se plaignait de maux de tête, de saignements au niveau des oreilles et de douleurs dans la région du cœur. Une déclaration sur laquelle est revenue l’avocate Mariana Siamechka. Interrogée par Reporters sans frontières, elle a nié tout problème de santé chez la journaliste. Elle a déclaré l’avoir rencontrée pour la dernière fois le 29 décembre et que Natalia Radzina ne s’était pas plainte à cette occasion. Les avocats qui acceptent de défendre les militants et les journalistes soupçonnés d’avoir organisé les protestations du 19 décembre travaillent sous la lourde pression du ministère de la Justice. Ainsi, ce dernier a radié l’avocate Valientina Busko, la suspectant d’avoir pris part aux manifestations, et a demandé au barreau de Minsk de rappeler à la discipline le conseil du candidat Sannikau, Pavel Sapelka. L’administration l’accuse d’avoir tenu « des remarques déplacées sur le barreau (…) et questionné l’action du ministère de la Justice (..) en déclarant qu’elle équivalait les pressions du gouvernement sur les avocats publics ». Le ministère de la Justice a saisi celui de l’Information lui demandant d’enquêter sur ce qu’il considère comme la couverture médiatique « biaisée » de l’action des avocats d’Anatol Liabedzka (leader du Parti civil unifié) et de Natalia Radzina.