Actualités

25 septembre 2019

Inde : RSF condamne l’inaction de la police après les menaces de mort qui visent le reporter Rakesh Raman

En plus de ses activités journalistiques, Rakesh Raman (arrière-plan) a aussi lancé la Raman Media Network Foundation, une fondation humanitaire en direction, notamment, de la promotion de l’éducation (photo : RMN Foundation).
Après que le journaliste a déposé trois plaintes suite à des faits de harcèlement et des menaces de mort proférées à son endroit, Reporters sans frontières (RSF) exige que la police de New Delhi prenne des mesures concrètes et immédiates pour garantir la sécurité de Rakesh Raman.

Faux avis d’expulsion, injures publiques, menaces de mort… C’est une effroyable campagne de harcèlement qui vise depuis plusieurs mois sur les réseaux sociaux le reporter Rakesh Raman. Fondateur et rédacteur en chef du site Raman Media Network, il a le tort de publier des enquêtes qui ne suivent pas la ligne du BJP, le parti au pouvoir, connu notamment pour l’armée de trolls qui le glorifie en ligne. 

Les menaces se sont intensifiées début août, avec des appels publics à fusiller le journaliste, après que celui-ci a publié un article mentionnant les craintes formulées par le secrétaire général de l’ONU sur les violations des droits de l’homme au Cachemire. Rakesh Raman a porté plainte à deux reprises auprès de la police de New Delhi durant le mois d’août. Le journaliste a confié à RSF ne plus sortir de chez lui par peur de se faire agresser. “Il m’est désormais impossible de bouger et de travailler librement”, déplore-t-il. Les deux premières étant restées lettre morte, une troisième plainte vient d’être déposée le 22 septembre. 

Les policiers sont dans l’obligation d’entamer une enquête lorsqu’une plainte est reçue, prévient Daniel Bastard, responsable du Bureau Asie-Pacifique à RSF. Or, soit la police fait preuve d’une négligence qui, compte tenu de la situation, est intolérable ; soit elle refuse délibérément de prendre au sérieux la sécurité de Rakesh Raman, ce qui en fait une complice coupable. Dans tous les cas, il est grand temps de réagir en identifiant les auteurs de ces menaces, en les traduisant devant la justice et en assurant une protection policière du journaliste.“

Campagnes de haine

Contacté par le reporter le 27 août, RSF a écrit deux courriers aux ministres indien de la Justice, Ravi Shankar Prasad, et de l’Intérieur, Shri Amit Shah, afin d’attirer leur attention sur  l’inaction de la police suite au dépôt des deux premières plaintes. Une réponse est toujours attendue. 

Le silence complice des autorités indiennes et des cadres du BJP face aux menaces proférées par leur partisans contre les journalistes est un phénomène croissant en Inde. Suite à une saisine lancée en novembre 2018 par RSF, après que la journaliste Swati Chaturvedi soit elle aussi menacée de mort, cinq rapporteurs spéciaux des Nations unies ont envoyé une lettre conjointe au gouvernement indien lui demandant des comptes sur ces campagnes d’intimidation.

Avant cela, RSF avait aussi documenté la campagne de haine qui avait soudainement frappé l’enquêtrice indépendante Rana Ayyub en avril 2018, de même que les appels au meurtre qui avait visé le mois suivant le journaliste de NDTV Ravish Kumar après la sortie d’un livre critique du pouvoir.

Ces appels aux meurtre peuvent être absolument tragiques, comme ce fut le cas pour la reporter Gauri Lankesh, sauvagement abattue de quatre balles devant son domicile un soir de septembre 2017. 


L’Inde se situe à la 140e place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF 2019.