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28 janvier 2016 - Mis à jour le 8 mars 2016

Inadmissible interdiction de l’hebdomadaire Mawio


Reporters sans frontières (RSF) condamne vigoureusement l’interdiction définitive du journal tanzanien Mawio et la détention dont ont été victimes deux de ses rédacteurs.

Vendredi 15 janvier, le journal privé Mawio, publié en langue kiswahili, a été interdit définitivement. Ses versions papier et digitale sont désormais indisponibles. Deux des journalistes de l’hebdomadaire, Jabir Idrissa et Simon Mkina, ont été arrêtés et interrogés par la police le lundi 18 janvier avant d’être relâchés le jour suivant, sous caution.

Mawio se voit reprocher d’avoir couvert la crise politique qui affecte Zanzibar. Le contexte, est particulièrement tendu depuis l’annulation de la présidentielle locale en octobre dernier. Et le gouvernement goûte peu que les médias s’attardent sur le sujet, notamment parce qu’une partie de la population est favorable à une plus grande autonomie de Zanzibar et que c’est précisément le Front civique uni, partisan de cette autonomie, qui s’était déclaré vainqueur du scrutin invalidé par le pouvoir.

Nape Nnauye, ministre de l’Information, a justifié l’interdiction de parution par l’utilisation de la Loi sur les médias de 1976 qui confère au gouvernement le pouvoir de suspendre toute publication. « Le gouvernement est au regret de prendre cette décision mais se devait d’agir face à l’afflux continu de textes et publications de contenus incitateurs et menaçant la paix, la stabilité et la sécurité de notre pays », a-t-il déclaré.

RSF avait déjà vivement critiqué cette loi en 2013, lorsque les deux quotidiens Mwananchi et Mtanzania avaient été suspendus temporairement.

« Il est très décevant que le nouveau gouvernement tanzanien interdise la publication d’un journal quelques mois seulement après son élection, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Nous réitérons notre demande au législateur tanzanien de remplacer la loi de 1976 qui met en danger la liberté de l’information. »

Depuis 2010, la Tanzanie a perdu 34 places au Classement mondial sur la liberté de la presse établi par RSF et occupe désormais le 75ème rang sur 180 pays.