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10 août 2021

Hong Kong : RSF s’inquiète du futur “partenariat” entre le groupe audiovisuel public RTHK et les médias d'État chinois

PHOTO : ANTHONY WALLACE / AFP
Reporters Sans Frontières (RSF) craint que le futur “partenariat” entre Radio Television Hong Kong (RTHK) et des médias d’État chinois, annoncé le 9 août, ne transforme le groupe audiovisuel public en un canal de diffusion de la propagande du régime à Hong Kong.

Le 9 août, la cheffe de l'exécutif hongkongais Carrie Lam a annoncé que le groupe audiovisuel public Radio Television Hong Kong (RTHK) allait établir un “partenariat” à long-terme avec le conglomérat d'État China Media Group (CMG) afin de permettre “une meilleure compréhension" du Parti Communiste Chinois et de nourrir "un sentiment de patriotisme plus fort" à Hong Kong. À titre d’exemple, Carrie Lam n’a mentionné que la possible diffusion de séries et de documentaires, mais il est probable que la coopération s'étende à des contenus d’actualité.


« Le gouvernement de Hong Kong, qui a déjà censuré un nombre important de contenus et imposé un talk-show animé par la cheffe de l'exécutif Carrie Lam, pourra invoquer ce partenariat comme prétexte pour forcer RTHK à diffuser des contenus de propagande chinoise », s’inquiète le directeur du bureau Asie de l'Est de RSF, Cédric Alviani, qui dénonce « l’ingérence grandissante de l’exécutif hongkongais dans la ligne éditoriale de RTHK, en violation flagrante de la liberté de la presse, un principe pourtant inscrit dans la Loi fondamentale ».


Ces dernières années, la chaîne publique est la cible d’une campagne de harcèlement et de censure qui s’est intensifiée avec l’arrivée, le 1er mars, d’un nouveau directeur des programmes, Patrick Li. Depuis ce jour, de nombreuses émissions ont été déprogrammées, des centaines de vidéos ont été retirées des archives de RTHK, les comptes sur les réseaux sociaux ont été censurés et Carrie-Lam elle-même a animé son propre talk-show pour promouvoir des réformes électorales impopulaires.


China Media Group (CMG), aussi connu sous le nom de Voice of China (la Voix de la Chine), est un conglomérat regroupant les chaînes de télévision d’État (CCTV et CGTN) et les diffuseurs radiophoniques China National Radio (CNR) et China Radio International (CRI). Ces médias sont contraints par leurs statuts à relayer la propagande du Parti communiste chinois. Dans son rapport d’enquête intitulé « Le nouvel ordre mondial des médias selon la Chine » publié en 2019, RSF dévoile la stratégie déployée par Pékin pour contrôler l’information hors de ses frontières, un projet qui menace la liberté de la presse dans le monde.


Autrefois bastion de la liberté de la presse, Hong Kong a connu un recul dramatique depuis sa rétrocession à la Chine, passant du 18e rang à la création du Classement mondial RSF de la liberté de la presse en 2002 à la 80e place en 2021. La République populaire de Chine, plus grande prison au monde pour les journalistes avec au moins 125 détenus, stagne pour sa part au 177e rang sur 180.