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9 août 2021

Hong Kong : accusé depuis un an de crimes contre la sécurité nationale, le fondateur d’Apple Daily, Jimmy Lai, risque la prison à vie

PHOTO : PETER PARKS / AFP
Reporters Sans Frontières (RSF) revient sur les six procédures en cours à l’encontre du fondateur d’Apple Daily Jimmy Lai, accusé il y a tout juste un an de crimes contre la sécurité nationale en vertu desquels il risque la prison à vie.

Jimmy Lai, 73 ans, fondateur du groupe de presse Next Digital et de son quotidien phare Apple Daily, désormais fermé, avait été arrêté le 10 août 2020 pour « collusion avec des forces étrangères » en vertu de la loi sur la sécurité nationale imposée par le régime de Pékin à Hong Kong, puis libéré sous caution. Arrêté à nouveau en décembre, il purge actuellement une peine de 20 mois de prison pour avoir « organisé » et « participé » à trois manifestations pro-démocratie « non autorisées » en 2019 et reste sous le coup de six procédures en vertu desquelles il risque la prison à vie.


« L’acharnement à l’encontre de Jimmy Lai, figure symbolique de la liberté de la presse à Hong Kong, n’a pas diminué depuis la fermeture forcée du média qu’il avait fondé et traduit la détermination du régime chinois à enterrer définitivement la liberté de la presse dans le territoire, » dénonce le directeur du bureau Asie de l'Est de RSF, Cédric Alviani, qui appelle à « l’abandon de toutes les charges retenues contre lui et sa libération immédiate, ainsi que celle de tous les autres journalistes et défenseurs de la liberté de la presse actuellement en détention ».


Six procédures en cours


1- « Conspiration en vue de collusion avec des forces étrangères » 

  • Peine maximale : réclusion à perpétuité (en vertu de la loi de sécurité nationale imposée par Pékin)
  • Motif : a prétendument appelé des pays étrangers à imposer des sanctions contre Hong Kong
  • Prochaine audience : 12 octobre 2021

2 - « Collusion avec des forces étrangères »

  • Peine maximale : réclusion à perpétuité (en vertu de la loi de sécurité nationale imposée par Pékin)
  • Motif : a prétendument appelé des pays étrangers à imposer des sanctions contre Hong Kong
  • Prochaine audience : 12 octobre 2021

3 - « Complicité d'entrave à l'exercice de la justice » 

  • Peine maximale : réclusion à perpétuité
  • Motif : a prétendument aidé un activiste hongkongais à fuir vers Taiwan
  • Prochaine audience : 12 octobre 2021

4 - « Fraude » 

  • Peine maximale : 14 ans de prison
  • Motif : a prétendument violé le contrat de bail foncier du siège social d'Apple Daily
  • Prochaine audience : 21 décembre 2021

5 - « Incitation à participer à un rassemblement non autorisé »

  • Peine maximale : 5 ans de prison
  • Motif : a prétendument appelé à participer à une manifestation pro-démocratie le 4 juin 2020
  • Prochaine audience : 13 octobre 2021

6 - « Intimidation criminelle »

  • Peine maximale : 5 ans de prison
  • Motif : a prétendument intimidé un reporter de l’Oriental Daily le 4 juin 2017
  • Prochaine audience : 29 octobre 2021


RSF a récemment procédé à deux saisines d’urgence de l’Organisation des Nations unies, l’appelant à « prendre toutes les mesures nécessaires » pour sauvegarder la liberté de la presse à Hong Kong et notamment obtenir la libération immédiate de Jimmy Lai, auquel l’association a décerné en 2020 un prix RSF pour la liberté de la presse.


Depuis août 2020, au moins douze journalistes et défenseurs de la liberté de la presse basés à Hong Kong ont été arrêtés en vertu de la loi de sécurité nationale imposée par le régime de Pékin. À ce jour, neuf d’entre eux restent sous les verrous et risquent la prison à vie. Cette réglementation a aussi permis au gouvernement hongkongais de justifier, fin juin 2021, le gel des avoirs financiers d’Apple Daily, contraignant le quotidien à mettre la clé sous la porte.


Autrefois bastion de la liberté de la presse, Hong Kong a connu un recul dramatique depuis sa rétrocession à la Chine, passant du 18e rang à la création du Classement mondial RSF de la liberté de la presse en 2002 à la 80e place en 2021. La République populaire de Chine, plus grande prison au monde pour les journalistes avec au moins 125 détenus, stagne pour sa part au 177e rang sur 180.