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21 septembre 2016 - Mis à jour le 27 septembre 2016

Hassan Rohani à l'ONU : RSF dénonce l’immobilisme du président iranien

A la veille du voyage à New York du président iranien Hassan Rohani pour assister à la 71e session de l’Assemblée générale des Nations unies, Reporters sans frontières (RSF) condamne une nouvelle fois les pressions exercées par les autorités iraniennes à l’encontre de la presse écrite et des médias en ligne et les récentes arrestations de trois journalistes.

Cette semaine, au moins deux journalistes ont été arrêtés et plusieurs autres menacés par l’appareil judiciaire entre les mains du guide suprême et par le ministère des Renseignements. Le 19 septembre 2016, Sadra Mohghgh, responsable de la page sociale du quotidien Shargh, a été interpellé à son domicile à Téhéran. Son arrestation par les services de renseignements a été annoncée dans une brève par l'agence semi-officielle Maehnews, le journaliste étant qualifié d’«élément en relation avec des médias contre-révolutionnaires qui envoyait des rapports sur la situation interne du pays”. Ces dernières semaines, le journalistes avait publié plusieurs articles sur une affaire de corruption à la mairie de Téhéran.


La première victime de cette affaire, Yashar Soltani, directeur du site memarinews.com, a quant à lui été emprisonné, le 17 septembre, à la suite de sa convocation au tribunal pour la culture et les médias, pour non-versement d’une caution exorbitante. Le journal en ligne avait publié, quelques jours plus tôt, plusieurs documents sur la vente de terres et d’appartements par la mairie de Téhéran à des fonctionnaires haut placés et des membres du conseil municipal. Le directeur avait alors été convoqué par la justice quelques heures à peine après ces révélations. Le même jour, le Comité pour déterminer les contenus conformes aux délits d’Internet, présidé par le procureur général, avait ordonné la fermeture du site jusqu'à nouvel ordre. Le même comité avait également bloqué, le 5 septembre dernier, plusieurs sites d'informations puyesh et 9sobh et des agences de presse Mojnews et Bornanews, débloquée une semaine plus tard, qui avaient relayé cette affaire ou critiqué l’ambiguïté du système judiciaire dans sa lutte anti-corruption.


« Hassan Rohani arrive au bout de son mandat, il va assister pour la dernière fois à l’Assemblée générale des Nations unies, déclare Reza Moini, responsable du bureau Iran/Afghanistan de Reporters sans frontières. Sa promesse faite au moment de son élection “en faveur de la liberté d’expression et de la presse” n'a pas été tenue. La situation de la liberté d'information est toujours déplorable en Iran, et cela ne fait qu’empirer avec les menaces de guerre et de corruption que connaît le pays. La justice et les gardiens de la révolution sous l'ordre du guide suprême répriment l'information indépendante. Hassan Rohani, officiellement garant de l’application de la Constitution iranienne, aurait pu mettre un terme à cette situation inacceptable mais il ne l’a pas fait. Il a préféré concentrer ses efforts à ouvrir les marchés iraniens aux acteurs économiques étrangers plutôt que d’ouvrir ses prisons”.


De nombreux journalistes injustement condamnés et privés de soins

Le 28 août 2016, Foad Sadeghi a été arrêté par des agents en civil à Téhéran. Le motif de son arrestation n'a pas été officiellement annoncé, mais le journaliste pourrait purger une peine de prison ferme. Conseiller de l’ancien président de la République, Akbar Hashemi Rafsanjani, et ancien rédacteur en chef des sites Ayandeh News et Baztab Emrooz ( fermés successivement en 2009 et 2013 ), il avait déjà été arrêté pour ses révélations sur des affaires de corruption touchant le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, en 2009 et 2013, puis libéré provisoirement.


Le 17 septembre 2016, les avocats du journaliste indépendant Issa Saharkhiz ont été informés de la réduction de peine de leur client de trois ans à 21 mois de prison ferme pour insulte envers Ali Khamenei, le guide suprême de la République islamique. Le 9 août dernier, son avocat, Me Mahmoud Alizadeh-Tabatabaie, déclarait que son client avait été condamné à deux ans pour «propagande contre le régime» et un an pour «insulte envers d’Ali Khamenei». Dans un article publié sur ses séjours en prison (de 2009 à 2013), il avait évoqué une anecdote dans laquelle il expliquait que les prisonniers avaient baptisé la cellule où ils jouaient aux cartes ou au backgammon, «Casino Seide Ali.» Cette appellation a été considérée comme une insulte envers le guide suprême.


Issa Saharkhiz, journaliste indépendant et directeur de plusieurs journaux réformateurs, est l’une des victimes de la vague d'arrestations du 2 novembre 2015. Il est hospitalisé dans un établissement de Téhéran, depuis le 10 mars 2016, sous surveillance. Le 7 septembre, la peine de 10 ans de prison ferme d'Afarin Chitsaz, une autre victime de cette vague d'arrestations, a été réduite à deux ans de prison et deux ans d’interdiction d’activité journalistique par la 36ème chambre du Tribunal d’appel de Téhéran. Deux autres journalistes Ehssan Mazndarani et Saman Safarzai ont été respectivement condamnés à sept et cinq ans de prison ferme. Ces condamnations ont été réduites à deux ans prison ferme.


Ces journalistes, comme beaucoup d'autres de leurs collègue emprisonnés, notamment Mohammad Sedegh Kabodvand, Narges Mohammadi et Roya Saberi Negad Nobakht sont malades, mais les autorités iraniennes refusent de les libérer, les empêchant ainsi d’avoir accès à des soins médicaux appropriés.


Nous rappelons qu’en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont l’Iran est partie prenante, la privation de soins médicaux constitue une violation de l’interdiction de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants.


Les autorités iraniennes ne respectent pas le droit international relatif aux droits de l’homme. Le 13 septembre 2016, Zeid Ra’ad Al Hussein, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a dénoncé, lors de son discours d’ouverture au Conseil des droits de l’homme, l'attitude de la République islamique qui « refuse de coopérer en aucune manière avec les "procédures spéciales" du Conseil des droits de l’homme. En effet, depuis le mai 2011, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a nommé Ahmed Shaheed, rapporteur spécial chargé d’examiner la situation des droits de l’homme en Iran, mais les autorités iraniennes ont toujours refusé sa venue. Fin août 2016, l’avocate Asma Jahangir a succédé à Ahmed Shaheed.


L’Iran est classé 169e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2016 de Reporters sans frontières.