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26 novembre 2014 - Mis à jour le 8 juin 2016

Gerald Trey Yingst arrêté à Ferguson : “Je faisais juste mon travail de journaliste”

Alors qu’il couvrait la manifestation à Ferguson dans le Missouri le 22 novembre, le journaliste Gerald Trey Yingst, du portail web News2Share, a été arrêté par la police pour ne pas avoir respecté un ordre de dispersion. Une version des faits démentie par le journaliste, des témoins et une vidéo. Reporters sans frontières condamne cette arrestation et lui donne la parole.


Le 22 novembre, le journaliste Gerald Trey Yingst a été arrêté dans l’exercice de ses fonctions. Il couvrait les manifestations qui ont précédé la décision du grand jury d'inculper ou non le policier blanc qui avait abattu un jeune Afro-Américain non armé en août dernier. Le même sort a été réservé à Denise Reese, de l’agence RT’s Ruptly video, mise en garde à vue le 26 novembre.


En août dernier, Reporters sans Frontières avait déjà dénoncé les arrestations arbitraires de 15 journalistes lors des manifestations qui avait embrasé Ferguson. Le président Obama avait affirmé que “la police ne devait pas harceler ou arrêter des journalistes qui essayaient seulement de faire leur travail”.


"La police doit laisser les journalistes faire leur travail d’information et rendre compte des émeutes au grand public, déclare Claire San Filippo, responsable du bureau Amériques de Reporters sans frontières. L’organisation exhorte les autorités américaines à ne pas laisser les abus des forces de l’ordre impunis et à tout faire pour garantir la sécurité des journalistes pendant les manifestations."


Extraits.


“J’étais sur le trottoir, respectueux des consignes, quand j’ai vu un policier s’approcher de moi et m’arrêter (NDLR: la police venait de donner l’ordre d’évacuer la rue). Cela n’avait aucun sens. (...) Je n’ai pas compris pourquoi le policier s’en est pris à moi alors qu’au même moment, des manifestants vandalisaient des voitures dans la rue sans être interpellés.


Je me suis donc retrouvé, pour la première fois de ma vie, en prison. J’y ai passé quatre heures. La police a dressé un procès-verbal et pris des photos. Initialement, j’ai été inculpé pour “refus d’obtempérer avec ordre de “se disperser”, mais les charges se sont par la suite aggravées. J’ai été poursuivi pour “rassemblement illégal”, sans que j’en comprenne la raison. Un manifestant inculpé pour le même motif avait lui tapé sur un véhicule de police.


La police a fait un rapport très inexact de ce qui s’est passé mais heureusement, je peux démontrer, grâce à une vidéo, que je n’étais pas sur la chaussée mais sur le trottoir. De plus, je portais mon accréditation et un appareil photo. J’étais donc facilement identifiable comme journaliste. En août dernier, lors des premières manifestations à Ferguson, d’autres journalistes avaient été arrêtés mais je ne pensais pas que cela pouvait m’arriver. Il ne m’est jamais venu à l’esprit que je prenais partie : je faisais juste mon travail de journaliste.


En dépit de cette arrestation, je vais continuer à couvrir les événements à Ferguson. Je vais poursuivre mon travail tout simplement. Si je fais le choix de médiatiser cette malheureuse expérience, c’est pour que la police reconnaisse son erreur et n’arrête plus de journalistes lors de manifestations.”


Les États-Unis sont 46ème sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières, et ont perdu 13 places par rapport à l’édition 2013.