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22 juillet 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

A Gaza, les journalistes couvrent le conflit au péril de leur vie


Reporters sans frontières est choquée et attristée par la mort du jeune journaliste palestinien de 26 ans, Khalid Hamad. Cameraman pour l’agence The Continue, il a été mortellement blessé, le 20 juillet 2014, alors qu’il préparait un reportage sur les attaques de l’armée israélienne contre des ambulanciers palestiniens. D’autres professionnels de l’information avaient auparavant été blessés par des raids israéliens visant des locaux de médias.
Reporters sans frontières dénonce les bombardements de l’armée israélienne contre les civils palestiniens à Gaza, parmi lesquels des journalistes, s’indigne Virginie Dangles, directrice adjointe à la Recherche de RSF. “Nous rappelons, qu’en vertu de la résolution 1738 du Conseil de sécurité des Nations unies de 2006 et des Conventions de Genève, l’ensemble des parties au conflit ont pour obligation de garantir la sécurité des journalistes.” Depuis le début de l’opération “Bordure protectrice” sur la bande de Gaza, 500 Palestiniens, pour la plupart des civils, ont trouvé la mort. Vingt-sept soldats et deux civils israéliens ont quant à eux été tués. Le 20 juillet 2014, les bombardements de l’armée israélienne sur le quartier de Shuja'iya ( banlieue de la ville de Gaza) ont causé - à eux seuls - la mort de plus de 140 Palestiniens. Le 22 juillet au matin, les bureaux de la chaîne qatarie Al-Jazeera, situés au 11ème étage de la tour Al-Jala à Gaza, ont été la cible de tirs de semonce de la part de l’armée israélienne. Cet incident survient au lendemain des déclarations du chef de la diplomatie israélienne souhaitant interdire les activités de la chaîne en Israël, accusée de “soutenir le terrorisme”. Avigdor Lieberman a notamment ouvertement mis en cause le financement d’Al-Jazeera par le Qatar, qualifié de “pourvoyeur du terrorisme au Moyen-orient" Ce jour-là, Khalid Hamad, cameraman pour The Continue, était sur place, en train d’effectuer reportage sur les exactions commises, le 10 juillet dernier, par Tsahal contre les ambulanciers secourant des blessés palestiniens . Muni de son casque et de son gilet par balles estampillé “Press”, il se trouvait à proximité d’une ambulance lorsqu’un tir de char est venu frapper le véhicule de secours, qui a immédiatement pris feu. Grièvement blessé, Khalid Hamad n’a pu être évacué. Il a succombé à ses blessures quelques heures plus tard. Le 9 juillet déjà, Hamdi Shihab, chauffeur pour Media 24, a été tué dans un raid de l’aviation israélienne, et alors qu’il regagnait les locaux de son média après l’iftar du Ramadan, à bord son véhicule estampillé “TV”. Le 20 juillet, le cameraman de Medi 1 TV, Karim Al-Tartouri, a été blessé dans un raid de l’aviation israélienne. Le journaliste tentait de quitter l’immeuble où se situent les locaux de la chaîne - alors pris pour cible -, quand un deuxième missile s’est abattu sur l’étage où se situe Medi 1 TV. Il a été transporté à l’hôpital. Le 18 juillet, Mohamed Shabat, cameraman de l’agence Al-Watania, a été blessé au bras dans un raid visant la tour Al-Jawhara, dans laquelle se situent les locaux d’Al-Watania. Les locaux d’autres médias se trouvant dans la tour ont également été endommagés. Le 16 juillet 2014, l’armée israélienne a pris pour cible l’immeuble Daoud dans le quartier d’Al-Rhimal à Gaza, qui abrite plusieurs locaux de médias. Deux journalistes de la radio Sawt Al-Wattan, Ahmed Al-Ajla et Tarek Hamdieh, ont ainsi été blessés et transportés à l’hôpital. La radio a cessé d’émettre en raison des dommages causés. Une guerre médiatique Cette offensive militaire israélienne sur Gaza est l’occasion d’une nouvelle guerre de l’information (et de désinformation), notamment sur les réseaux sociaux. Certains médias et professionnels de l’information prennent ouvertement position pour ou contre le recours à la force d’Israël. D’autres sont accusés de parti pris, pour leur prises de position réelles ou supposées. Ainsi, le 17 juillet 2014, la chaîne américaine NBC a décidé de rapatrier aux États-Unis son correspondant américano-égyptien, Ayman Mohyeldin, alors présent à Gaza, le remplaçant par son collègue Richard Engel. Pour justifier son choix, la chaîne a officiellement invoqué “des raisons de sécurité”, sans toutefois donner davantage de précisions. Or, ce journaliste chevronné, ancien correspondant de CNN et d’Al-Jazeera, a été le témoin direct des frappes israéliennes qui ont causé la mort de quatre enfants palestiniens sur les plages de Gaza, le 16 juillet dernier. Son reportage sur le décès de ces enfants, jugé par certains comme étant pro-palestinien, lui a valu de nombreuses critiques. Il lui est également reproché de s’être trop “épanché” sur cet incident, en publiant notamment sur ses compte Twitter et Instagram de nombreuses photos des familles des victimes. Le 2 juillet, il avait posté un Tweet accusant l’armée israélienne de tirer intentionnellement sur des journalistes. Accusée sur les réseaux sociaux de censure, la direction de la chaîne a finalement décidé de renvoyer son correspondant à Gaza, dès le lendemain, le 18 juillet. La chaîne américiane CNN a - pour sa part - décidé de mettre un terme à sa collaboration avec sa correspondante Diana Magnay. En cause, un tweet de la journaliste, le 17 juillet, posté après un direct réalisé depuis la colline de Sderot (Israël) où des Israéliens étaient venus célébrer les bombardements aériens sur Gaza. Dans ce tweet, aussitôt retiré, la journaliste avait écrit : "Les Israéliens sur la colline de Sdérot applaudissent lorsque les bombes frappent Gaza. Ils menacent de détruire notre voiture si on dit un mot de travers. Ordures". Suite à ce tweet, la journaliste a été mutée à Moscou. Dans une interview donnée au Huffington Post, une responsable de CNN explique que la journaliste aurait reçu, avant et pendant son direct, des menaces de la part d’Israéliens présents sur place, et que son tweet avait été posté sous le coup de l’émotion. Enfin, le gouvernement israélien se décharge de toute responsabilité quant à la sécurité des journalistes étrangers venus couvrir l’offensive militaire. Certains journalistes étrangers rapportent avoir reçu un message des autorités israéliennes les mettant en garde contre le fait qu’ils pourraient servir de ‘bouclier humain’ au Hamas, comme le rapporte sur son compte Twitter, Sophia Jones, correspondante du Huffington Post au Moyen-Orient . Par ailleurs, en totale violation du droit international, dès leur entrée sur le sol israélien, les journalistes - contraints de s’enregistrer auprès du Government Press Office - doivent signer un document dans lequel ils déclarent être pleinement conscients des dangers auxquels ils s’exposent et s’engagent à ne nullement tenir pour responsable l’armée israélienne en cas de dommages ou blessures résultant des opérations militaires à Gaza, excluant d’emblée toute poursuite judiciaire à l’encontre de Tsahal.