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11 septembre 2009 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Farouk Hosni répond à Reporters sans frontières


Dans un communiqué du 7 septembre 2009, Reporters sans frontières avait demandé à M. Farouk Hosni, ministre égyptien de la Culture et candidat à la direction générale de l’Unesco, de fournir la preuve de son engagement en faveur de la liberté d'expression. A l'occasion d'une rencontre organisée à Paris entre Farouk Hosni et Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières, le candidat égyptien a fait part de sa "détermination à défendre la liberté des médias" et à "renforcer l'action de l'Unesco dans ce domaine" s'il est élu. Reporters sans frontières prend acte de l'engagement de M. Hosni et ne manquera pas de les rappeler à M. Hosni s'il est choisi pour prendre la direction de l'Unesco. Par ailleurs, l'organisation lui a exprimé son inquiétude concernant la situation de la liberté d'expression en Egypte et notamment le sort de deux blogueurs emprisonnés. --------- Le 7 septembre 2009 - Un défenseur de la censure candidat à la direction de l'Unesco Le 7 septembre 2009, les négociations pour la désignation du nouveau directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) vont débuter à Paris. Pour la première fois depuis dix ans, l'Unesco doit élire un nouveau directeur, qui succèdera au Japonais Koïchiro Matsuura. Le Conseil exécutif de l’Unesco fera son choix lors de sa session du 7 au 23 septembre, par un vote à bulletin secret. Neuf candidats sont en lice, dont le ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni. Reporters sans frontières tient à souligner qu’un des mandats de l’Unesco est la promotion de la liberté d'expression et de la liberté de la presse en tant que droits fondamentaux de la personne. Cette agence onusienne a pour vocation d’encourager l'indépendance et le pluralisme des médias comme conditions préalables et comme facteurs majeurs de démocratisation, et la libre circulation de l'information, notamment sur Internet. « Farouk Hosni doit apporter les garanties nécessaires de son attachement à de telles valeurs. Ce qu’il n’a pas réussi à démontrer au cours des vingt-deux dernières années. Le ministre égyptien doit donner des gages de son engagement sans faille pour la liberté d'expression, en condamnant publiquement les violations de la liberté de la presse et les arrestations de blogueurs», a déclaré l’organisation. Farouk Hosni est ministre de la Culture de la République arabe d’Egypte depuis 1987. Au cours de cette période, ce ministre d’Hosni Moubarak a été l’un des acteurs principaux de la censure en Egypte, n’ayant eu de cesse de vouloir contrôler la liberté de la presse, mais également la liberté d’information des citoyens. Ainsi la création d’un journal en Egypte requiert non seulement l'aval du Haut Conseil de la presse, dirigé par le chef de l'Etat, mais également celui du Conseil des ministres et des différents services de sécurité. En cas de publication d’articles apparentés à des “menaces à la sécurité nationale”, les autorités peuvent arbitrairement fermer le journal. En outre, 99% des maisons de presse lui appartenant, le gouvernement égyptien conserve une mainmise sur l’impression des titres. Ceci lui donne la possibilité de censurer à tout moment la publication d’un journal. Même si dans les kiosques, la presse privée d’opposition et la presse indépendante cohabitent avec la presse gouvernementale, la liberté de ton n’est pas sans risques. Trente-deux articles de loi pénalisent ainsi la presse, répartis entre le code pénal, la loi sur la presse, la loi sur les publications, celle relative aux documents d'Etat (qui interdit notamment aux journalistes d'accéder à certains contenus officiels), à la fonction publique, aux partis politiques, etc. Face à de telles contraintes, Internet était devenu un refuge pour la liberté d’expression. Or depuis 2008, les autorités égyptiennes ont renforcé leur contrôle. Les conditions d’utilisation du réseau Internet sans fil (WiFi) ont changé : la connexion est non seulement devenue payante, mais elle nécessite une adresse e-mail sur laquelle sont envoyés le mot de passe et le nom d’utilisateur. Par ailleurs, un projet de loi, qui prévoit des peines de prison pour “abus d’utilisation d’Internet” et pour “publication de contenu multimédia sans autorisation du gouvernement”, est actuellement en discussion au Parlement. Suite au « mouvement du 6 avril » lancé sur Facebook en 2008, de nombreux blogueurs ont été arrêtés. L'année 2008 a ainsi été marquée par un acharnement des autorités contre la presse et les internautes, signe d’une volonté de contrôler l’image du pays. Depuis janvier 2009, une plainte par jour en moyenne est déposée contre un journaliste ou un blogueur. Par ailleurs, le gouvernement égyptien s’est lancé depuis le début de l’année 2008 dans une campagne contre les chaînes de télévision indépendantes. En février 2008, Le Caire a été à l’origine de l’adoption, par les pays de la Ligue arabe, d’une charte commune qui restreint la liberté de diffusion des chaînes de télévision satellitaires et prévoit des sanctions en cas d’offense dans le contenu de leurs programmes. Plusieurs sociétés de production, collaborant avec des télévisions satellitaires étrangères, ont ainsi été censurées depuis. La signature de ce document par la Ligue arabe, dénoncée par les professionnels des médias, a été saluée par le directeur général de Nilesat SA, opérateur satellitaire propriété du gouvernement égyptien, qui soutient la mise en place d’un organe de régulation à l’échelle régionale chargé de la distribution des licences. Jusqu’à présent, les télévisions qui souhaitaient émettre sur Nilesat devaient obtenir l’approbation du Caire qui entend contrôler scrupuleusement la ligne éditoriale des télévisions qu’elle accueille sur son satellite. Les chaînes contestataires n’y étaient donc pas les bienvenues. Le 1er avril 2008, Nilesat avait ainsi retiré de son bouquet la chaîne de télévision privée Al-Hiwar sans fournir d’explications. La Cairo News Company (CNC), principal fournisseur d’équipements audiovisuels pour de nombreux médias étrangers en Egypte, a vu son matériel confisqué par les forces de l’ordre le 14 avril 2008, suite à la diffusion sur Al-Jazeera, l’un de ses principaux clients, d’images des manifestations du 6 avril 2008. Ce n’est que le 19 avril 2009, en appel, que le juge a décidé d’abandonner les charges qui pesaient contre la CNC et son directeur. En outre, le projet de loi sur l’audiovisuel, présenté en juin 2008 par le gouvernement, est en débat au Parlement depuis novembre 2008. Ce projet représente un danger pour les professionnels des médias de ce secteur. Ce texte, qui introduit de nouvelles peines allant d’un mois à trois ans de prison, menace la liberté de parole des journalistes, qui pourront être poursuivis pour "atteinte à la paix sociale, à l’unité nationale, à l’ordre public et aux valeurs de la société". Rédigée en grande partie dans des termes vagues, cette nouvelle loi prévoit notamment la création d’une structure de tutelle (l’Agence nationale pour la régulation de l’audiovisuel) qui aurait toutes les prérogatives pour décider arbitrairement du retrait de la licence d’un média. Sa direction sera assurée par des représentants du ministère de l’Information ainsi que des membres des services de sécurité de l’Etat. Reporters sans frontières rappelle que l’Egypte est au 146e rang sur 173 dans la classement de la liberté de la presse établi en 2008 par l’organisation.