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9 février 2021

États-Unis : RSF rejoint une coalition pour la liberté de la presse demandant au département de la Justice d’abandonner les charges contre Assange

Reporters sans frontières (RSF) a rejoint une coalition de plus d’une vingtaine d’organisations pour la liberté de la presse, les libertés civiles et les droits humains internationaux afin d’exhorter le département de la Justice de l’administration Biden à renoncer à l’appel de la décision relative à l’extradition de Julian Assange et à abandonner toutes les charges qui pèsent sur le fondateur de Wikileaks. Le texte intégral de la lettre est disponible ci-dessous.

U.S. Department of Justice

950 Pennsylvania Avenue, NW

Washington, DC 20530-0001


Le 8 février 2021


À l’attention du procureur général par intérim Monty Wilkinson,


Nous, soussignées organisations pour la liberté de la presse, les libertés civiles et les droits humains internationaux, vous écrivons aujourd’hui pour vous faire part de notre plus vive inquiétude quant à la procédure pénale et d’extradition en cours contre Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, en vertu de la loi sur l’espionnage et de celle sur la fraude informatique (Espionage Act et Computer Fraud and Abuse Act).


Bien que nos points de vue sur Julian Assange et son organisation diffèrent, nous partageons la conviction que son accusation par le gouvernement constitue une véritable menace pour la liberté de la presse aux États-Unis et dans le monde. Ainsi, nous vous exhortons à renoncer à faire appel de la décision de la juge Vanessa Baraitser du Magistrates’ Court de Westminster, qui a rejeté la demande d’extradition émise par l’administration Trump. Nous vous appelons également à annuler l’acte d’accusation sur lequel elle repose.


Les charges qui pèsent sur Julian Assange menacent la liberté de la presse pour une raison simple : une grande partie de la conduite décrite dans l’acte d’accusation est non seulement la même que celle que les journalistes adoptent quotidiennement, mais celle qu’ils se doivent de mener afin d’informer le public sur des sujets qui le concernent. Au sein de la plupart des grands médias d’information, les journalistes sont en contact régulier avec leurs sources, cherchent à en savoir plus et se documenter, et reçoivent et publient des documents considérés comme secrets par leur gouvernement respectif. À nos yeux, en établissant un précédent dans cette affaire, c’est la criminalisation de ces pratiques journalistiques courantes qui est en jeu.


En outre, certains des chefs d’inculpation inclus dans l’acte d’accusation ne concernent que la décision de Julian Assange de publier des informations classifiées. Les médias d’information publient fréquemment et par nécessité des informations classifiées, afin que le public prenne connaissance de sujets d’intérêt général majeur. Nous comprenons que la protection de réels intérêts de sécurité nationale relève de la légitimité du gouvernement, mais la procédure engagée contre Julian Assange compromet un journalisme dont le rôle se révèle crucial pour la démocratie.


L’administration Trump a pris le parti de s’opposer à une presse libre et sans entraves de bien des façons, dont l’une des plus inquiétantes était l’abus de ses pouvoirs de poursuites. Nous sommes très inquiets de la manière dont un précédent créé par l’affaire Assange pourrait être utilisé comme moyen de pression – peut-être par une future administration – contre des éditeurs et des journalistes de tous bords politiques. Cette inquiétude est partagée par la grande majorité des médias d’information, ce qui explique pourquoi l’annonce des accusations portées contre Julian Assange en mai 2019 a suscité un tel tollé et une condamnation quasi unanime de la part de pratiquement tous les médias d’information aux États-Unis, même si nombre d’entre eux avaient, dans le passé, critiqué M. Assange.


Il nous apparaît que les hauts responsables de l’administration Obama partageaient cette préoccupation. L’ancien porte-parole du département de la Justice, Matthew Miller, avait déclaré au Washington Post en 2013 : « Le problème que le département a toujours eu avec l’enquête sur Julian Assange est qu’il n’y a aucun moyen de le poursuivre pour avoir publié des informations sans que cela soit appliqué aux journalistes. » C’est à cause des implications qu’aurait entraîné, pour la liberté de la presse, toute accusation contre Julian Assange que le département de Justice du procureur général Éric Holder a renoncé à l’inculper après avoir envisagé de le faire.

 

Malheureusement, et c’est un fait, la liberté de la presse est menacée dans le monde entier. Aujourd’hui plus que jamais, il est primordial que nous protégions une presse solide, indépendante et combative – celle que le juge Murray Gurfein, dans l’affaire des Pentagon Papers, avait qualifié, et l’on s’en souvient, de « grincheuse, obstinée, omniprésente » - aux États-Unis et ailleurs. C’est avec cet objectif à l’esprit et avec le plus grand respect que nous vous demandons de renoncer à l’appel de la décision de la juge Baraitser et d’annuler l’accusation de Julian Assange.


Avec nos plus sincères salutations,


Access Now

Amnesty International - USA

Center for Constitutional Rights

Coalition du premier amendement (First Amendment Coalition)

Comité pour la protection des journalistes (Committee to Protect Journalists)

Defending Rights and Dissent

Demand Progress

Electronic Frontier Foundation

Fight for the Future

Free Press

Freedom of the Press Foundation

Human Rights Watch

Index on Censorship

Knight First Amendment Institute at Columbia University

National Coalition Against Censorship

Open The Government

Partnership for Civil Justice Fund

PEN America

Project on Government Oversight

Reporters sans frontières

RootsAction

The Press Freedom Defense Fund of First Look Institute

Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union)

Whistleblower & Source Protection Program (WHISPeR) at ExposeFacts


(La version intégrale de cette lettre, dont les notes de bas de page, est disponible pour téléchargement ci-dessous.)