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26 octobre 2020

Etats-Unis : RSF appelle le Département de la Sécurité intérieure à abandonner son projet de loi sur la restriction de visas pour les journalistes

Le Département américain de la Sécurité intérieure (U.S. Department of Homeland Security, ou DHS) s’apprête à finaliser un projet de loi destiné à durcir les conditions de délivrance de visas aux journalistes étrangers travaillant dans le pays. Reporters sans frontières (RSF) appelle le ministère à abandonner ce projet qui entraverait l’indépendance des journalistes étrangers, et exhorte à nouveau les candidats aux élections américaines du 3 novembre à signer le #PressFreedomPact.

Selon le projet de loi présenté par le Département de la Sécurité intérieure américain fin septembre, les journalistes étrangers ne pourront travailler aux Etats-Unis que pendant une période de 240 jours maximum, soit huit mois environ, renouvelable une fois. Il représente un changement radical par rapport à la loi actuelle, qui autorise un journaliste étranger à rester aux Etats-Unis tout le temps nécessaire à la finalisation de sa mission.

 

“Cette proposition est extrêmement préoccupante et menace la capacité d’exercice des  journalistes étrangers, déclare la directrice des campagnes internationales de RSF, Rebecca Vincent. Une couverture journalistique critique et digne de ce nom n’est possible que si l’on a la possibilité de se familiariser avec un pays pendant plus que quelques mois. De plus, les décisions de renouvellement de visas pourraient être utilisées contre un journaliste considéré comme indésirable et en décourager d’autres de se rendre dans le pays. Nous appelons les candidats aux prochaines élections à s’opposer à ce projet de loi et à signer le #PressFreedomPact pour montrer leur engagement pour la protection de la liberté de la presse”.

 

Le ministère accueillera les commentaires sur cette proposition jusqu’au 26 octobre. Après les avoir passés en revue, il soumettra le projet de loi finalisé à l’Office of Management and Budget de la Maison-Blanche. Pour être mené à bien, le processus s’étendra vraisemblablement bien au-delà des élections du 3 novembre. Les restrictions concernant les journalistes étrangers font partie d’un ensemble de mesures plus strictes encore établi par le Département de la Sécurité intérieure pour les visas « F », « J » et « I ». Il n’impactera pas seulement les universitaires, les étudiants et les participants à des programmes d’échange ou les personnes employées au pair, mais aussi les correspondants et les reporters étrangers.

 

Cette proposition s’inscrit dans un climat de plus en plus délétère en matière de liberté de la presse à l’approche des élections. A travers son #PressFreedomPact, RSF offre aux candidats de tous les partis, l’occasion de s’engager publiquement pour la défense des principes de la liberté de la presse, en leur proposant de signer une courte déclaration de soutien en ce sens. L’organisation contribue ainsi à les sensibiliser aux conditions toujours plus difficiles dans lesquelles les journalistes travaillent aux Etats-Unis.

 

Depuis son accession à la présidence, Donald Trump a fait de l’attaque envers les journalistes une habitude, et la pandémie de Covid-19 a eu notamment pour effet de considérablement réduire la délivrance de tous les types de visas. Quant aux journalistes étrangers, ils disent rencontrer des difficultés pour entrer dans le pays depuis des années. En 2019, des fonctionnaires de l’Agence de protection des douanes et des frontières ont arrêté, questionné et harcelé plusieurs journalistes au passage de la frontière, dont certains avaient la nationalité américaine. A cela s’ajoute une décision prise par l’US Agency for Global Media, qui chapeaute des médias comme Voice of America et Radio Free Europe : Michael Pack, le nouveau directeur de l’agence nommé par Donald Trump, a annoncé qu’il procéderait à un nouvel examen, au cas par cas, du visa de ses employés, dont le renouvellement ne serait en aucun cas systématique.

 

Le nombre de visas délivrés aux journalistes étrangers est en déclin depuis plusieurs années : il est passé de 14 536 en 2016 à 14 126 en 2017, et a chuté à 11 874 en 2018. La majorité des visas délivrés en 2018 l’ont été à des professionnels de médias britanniques (1 768), japonais (1 205), allemands (888), mexicains (702) et français (641).

 

Les Etats-Unis occupent le 45e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2020 par RSF.

 

NB :

Pour plus d’informations sur le #PressFreedomAct, rendez-vous sur la page dédiée du site de RSF ou contactez le responsable de la communication de RSF aux Etats-Unis, Colin Boyle : [email protected] ou par téléphone au (202) 813-9497, extension 3.