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20 décembre 2016 - Mis à jour le 21 décembre 2016

Enquête sur des faits de corruption : deux journalistes brésiliens visés par 11 plaintes pour diffamation

A São Gonçalo do Amarante (état de Rio Grande do Norte), les journalistes brésiliens Francisco Costa et Josi Gonçalves sont visés par 11 procédures judiciaires, accusés de ‘crime contre l’honneur’ par les autorités locales, suite à des publications sur la corruption dans la région.

En décembre 2014, peu de temps après leur arrivée dans la ville de São Gonçalo do Amarante, Francisco Costa et Josi Gonçalves ont créé le site d’informations en ligne Fala RN. Depuis lors, ils y ont publié une série de reportages sur des cas de corruption impliquant des hommes politiques de la ville : détournement de fonds, népotisme, fraude électorale… Des publications qui n’ont visiblement pas été du goût des autorités, à l’origine d’un déferlement de plaintes pour injure, diffamation et calomnie. Parmi les plaignants : le maire de São Gonçalo do Amarante, Jaime Calado, mais aussi des députés municipaux (vereadores) et ministres locaux (secretários municipais).


Au total, le couple a comptabilisé 11 plaintes déposées, assorties d’amendes d’un montant cumulé de plus de 200 000 reais (environ 57 000 euros).


Outre ce harcèlement judiciaire, les deux journalistes ont confié à RSF se sentir en danger et craindre pour leur intégrité physique. Une de leurs sources au sein de la municipalité les a avertis d’un possible plan d’intimidation comprenant la séquestration de leur fils de 4 ans et la fabrication de fausses preuves pour les incriminer et les faire arrêter. Le principal annonceur de FalaRN a par ailleurs reçu des pressions de la part de la police locale pour ne plus acheter d’espaces publicitaires sur le site.


“Reporters sans frontières condamne fermement l’acharnement des autorités de São Gonçalo do Amarante à l’encontre de Francisco Costa et Josi Gonçalves, et demande l’abandon des charges retenues contre le couple, déclare Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine de l’organisation. Le nombre de plaintes déposées est totalement aberrant, il s’agit-là d’une véritable campagne d’intimidation pour réduire ces journalistes au silence, et une grave atteinte à la liberté d’expression. En tant qu’élus ou représentants de l’Etat, les personnalités publiques s’exposent naturellement au regard critique et aux commentaires des citoyens. Conformément aux normes internationales, elles doivent avoir un degré de tolérance supérieur et accepter ces critiques, plutôt que les censurer.


Cet acharnement judiciaire est d’autant plus injustifié que les informations publiées sur FalaRN reprennent la plupart du temps des informations officielles et publiques. C’est par exemple le cas de l’article diffusé en 2015 évoquant l’ouverture d’une enquête du Ministère public fédéral sur des faits de corruption du secrétaire à l’Education de la municipalité, Abel Soares Ferreira. Celui-ci a immédiatement déposé une plainte contre les journalistes. Même cas de figure pour la plainte la plus récente, déposée le 7 décembre dernier par l’ancien maire de la ville, Ítalo Vale Monte. Celui-ci n’a pas apprécié que FalaRN rappelle à ses lecteurs les raisons pour lesquelles il s’était éloigné du pouvoir après que le tribunal des comptes a pointé du doigt la mauvaise gestion financière de la Mairie. Cette dernière plainte est par ailleurs assortie d’une demande d’indemnisation de 35 200 reais (environ 10 000 euros).


Le maire actuel Jaime Calado, à l’origine de six des 11 plaintes, s’est de son côté permis d’attaquer les journalistes après un commentaire négatif d’un internaute posté sur la page Facebook de FalaRN. Un procédé, bien que répandu au Brésil, pour le moins surprenant.


Le Brésil occupe la 104e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2016 de RSF.