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18 mai 2020

En Guinée équatoriale, le coronavirus n’échappe pas à l’hyper censure du régime

Extrait d'une émission "Buenos dias Guinea" sur Asonga en septembre 2018. Guinée Equatoriale.
​Reporters sans frontières (RSF) dénonce la suspension d’une émission de télévision et de ses journalistes après un débat sur la gestion de la crise épidémique liée au coronavirus.

Des journalistes renvoyés et un programme arrêté. Depuis le 1er mai 2020, les téléspectateurs de “Buenos dias Guinea” (“Bonjour la Guinée équatoriale”) sont privés de la très populaire émission d’opinion et d’analyse diffusée en espagnol sur la radiotélévision Asonga. Ce média demeure la seule chaîne privée de ce petit pays d’Afrique centrale dirigé d’une main de fer par Teodoro Obiang depuis plus de 40 ans, record mondial de longévité au pouvoir hors monarchie. Les sept journalistes qui y collaborent ont également été renvoyés chez eux jusqu’à nouvel ordre sans qu’aucun motif de suspension ne leur soit communiqué par leur direction. Lors de la dernière émission, la veille, ils avaient notamment pointé du doigt les violences militaires pour faire respecter faire respecter les mesures de confinement liées à l’épidémie de coronavirus.


“En Guinée équatoriale, même le coronavirus n'échappe pas à l’hyper contrôle de l’information et à la censure. Ces journalistes qui n’ont rien fait d’autre que leur travail doivent être réhabilités dans leur fonction, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Les conséquences de cette politique de privation de l’information produite de manière indépendante peuvent être désastreuses car piétiner la liberté de la presse dans ce contexte de crise sanitaire revient à mettre sa propre population en danger.”


Contactés par RSF, les dirigeants d’Asonga n’ont pas souhaité faire de commentaire. La chaîne reste étroitement contrôlée par le pouvoir puisqu’elle appartient à Teodorin Nguema Obiang, vice-président de la République en charge de la Défense et de la Sécurité et fils du chef de l’Etat. 


L’année dernière, deux journalistes de la chaîne, Melanio Nkogo et Ruben Bacale, avaient été arrêtés et détenus pendant douze jours après avoir réalisé l'interview d'un juge critiquant la suspension dont il avait fait l’objet. Depuis leur sortie, ils n'ont toujours pas été rétablis dans leur fonction.


La Guinée équatoriale figure à la 165e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.