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12 septembre 2018

Election présidentielle aux Maldives : RSF appelle les candidats à prendre des engagements concrets pour la liberté de la presse

RSF appelle le président sortant Abdulla Yameen (droite) et le candidat de l’opposition Ibrahim Mohamed Solih à prendre des engagements fermes en faveur de la liberté de la presse (photos : AFP - Ahmed Shurau / AFP).
Alors que la principale chaîne de télévision indépendante de l’archipel a une nouvelle fois dû régler une amende record pour une fallacieuse affaire de diffamation, Reporters sans frontières (RSF) exige des deux candidats à la présidentielle des garanties fermes quant au respect de la liberté de la presse.


Deux millions de roupies, soit 110.000 euros… C’est le montant de la nouvelle amende record qu’a dû payer, dimanche 9 septembre, la chaîne Raajje TV. Elle a été accusée par le gendarme de l’audiovisuel maldivien, le mois dernier, d’avoir “diffamé le président et menacé la sécurité nationale” - la chaîne a simplement diffusé l’interview d’un parlementaire en marge de l’état d’urgence, en mars dernier. La loi anti-diffamation de 2016, en vertu de laquelle cette amende a été imposée, oblige le média incriminé à s’acquitter de cette somme exorbitante dans les trente jours, avant même de pouvoir faire appel de la décision.


C’est déjà la quatrième fois que Raajje TV, proche de l’opposition, est ainsi frappée par une lourde amende, pour un montant cumulé qui approche les quatre millions de roupies maldiviennes (220.000 euros). Ce harcèlement financier, qui sert clairement de moyen d’intimidation, menace le pluralisme d’une manière d’autant plus inquiétante que l’élection présidentielle se profile le 23 septembre prochain.


“Les autorités maldiviennes doivent cesser ce type de pression et laisser les journalistes couvrir la campagne électorale et le scrutin en toute liberté, sans quoi l’élection n’aura aucune légitimité, avertit Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF.


"Nous invitons également les deux candidats à la présidentielle à placer la liberté de la presse au cœur du débat démocratique en prenant trois engagements emblématiques : abroger cette loi anti-diffamation liberticide ; poursuivre les auteurs d’attaques contre la presse ; relancer les enquêtes sur la disparition des journalistes Ahmed Rilwan et Yameen Rasheed.”


Manque total de transparence


Ahmed Rilwan Abdulla, journaliste pour le site d’information Minivan News, devenu depuis le Maldives Independent, a disparu le 8 août 2014. Son corps n’a jamais été retrouvé - ni, surtout, les auteurs de son enlèvement. L’enquête a été marquée par un manque totale de transparence de la police, qui a systématiquement refusé de communiquer l’état d’avancement des investigations.


Le blogueur Yameen Rasheed, qui enquêtait justement sur cette affaire, a été poignardé à mort dans la nuit du 22 au 23 avril 2017. Les audiences préliminaires du procès de ses meurtriers présumés se sont exceptionnellement tenues à huis-clos, avant d’être finalement interrompues “pour raisons administratives” en juin dernier, faisant peser de sérieux doutes sur la volonté de la justice maldivienne de faire la lumière sur cet assassinat.


Les journalistes de l’archipel font régulièrement l’objet d’attaques physiques et de détention arbitraire, comme ce fut le cas durant l’état d’urgence, en début d’année. Or, les auteurs de ces violences et ces abus de pouvoir n’ont fait l’objet d’aucune poursuite.


Les Maldives se situent à la 120ème place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018.