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16 juin 2020

Egypte : un journaliste arrêté après être intervenu sur la chaîne Al Jazeera

Le journaliste égyptien Mohamed Monir a été arrêté par les autorités après être intervenu lors du journal diffusé sur la chaîne Al Jazeera. Reporters sans frontières (RSF) dénonce cette arrestation et réclame sa libération immédiate.

Sa famille a pris le relai sur Facebook et a annoncé la nouvelle : le journaliste égyptien Mohamed Monir a été arrêté par les forces de l’ordre chez lui au Caire, le 14 juin, et conduit vers un lieu inconnu. La veille, il avait lui-même diffusé sur les réseaux sociaux les images de vidéosurveillance montrant une patrouille forcer sa porte d’entrée et annoncé que la police fouillait son domicile.


Cette perquisition s’est déroulée quelques heures seulement après son intervention en direct sur la chaîne d’information Al Jazeera durant le bulletin d’information du soir. Mohamed Monir évoquait une polémique impliquant l’hebdomadaire Rose Al-Youssef, détenu par l’Etat. 


Financée par le Qatar, pays proche des Frères musulmans, une confrérie considérée en Egypte comme une organisation terroriste, la chaîne Al Jazeera est devenue la vraie bête noire du régime du président Al-Sissi. Le bureau d’Al Jazeera au Caire est fermé depuis trois ans et un journaliste de la chaîne, Mahmoud Hussein, est emprisonné depuis décembre 2016 pour “appartenance à un groupe terroriste”.


En plus d’intervenir sur une chaîne honnie par le pouvoir, le sujet sur lequel Mohamed Monir est intervenu était particulièrement sensible. La couverture de l’hebdomadaire Rose Al-Youssef datée du 13 juin montrait une photo de l’évêque du centre-ville du Caire aux côtés de Mohamed Badie, le guide suprême des Frères musulmans (condamné à 85 ans de prison), accompagnée du titre “L’ignorance sacrée”. L’Eglise copte, qui juge cette couverture offensante, a exprimé son indignation, et la National Press Authority (NPA) a demandé le retrait de la une et réclamé des excuses officielles au magazine. Son rédacteur en chef, Hany Abdullah, fait l’objet d’une enquête menée par la justice.


Les conditions d’arrestation de Mohamed Monir constituent une accumulation flagrante de violations au droit d’informer, dénonce Sabrina Bennoui, responsable du bureau Moyen-Orient à RSF. Un journaliste est enlevé de chez lui, sans mandat d’arrêt, quelques heures après être intervenu sur une chaîne interdite dans le pays, pour discuter d’une polémique relative à un média. Cette nouvelle arrestation est symptomatique des difficultés auxquelles sont confrontés aujourd’hui les journalistes égyptiens. Mohamed Monir doit être immédiatement libéré.


Ce lundi 15 juin, RSF a par ailleurs appris l’incarcération du journaliste sportif Awni Nafie pour “appartenance à un groupe terroriste”, sans plus de précisions. Il est le cinquième journaliste à être emprisonné depuis le début de la pandémie de Covid-19 après Mohamed Monir. La dernière journaliste à avoir été arrêtée avant lui est Shimaa Samy. Elle a été placée le 25 mai en détention provisoire pour “appartenance à un groupe terroriste” et “diffusion de fausses nouvelles”, cinq jours après avoir signalé sur son compte Facebook son arrestation par les forces de l’ordre à son domicile. 


L’Egypte occupe la 166e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.