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4 décembre 2019 - Mis à jour le 6 décembre 2019

Egypte : la pire vague d’arrestations de journalistes depuis 2014 se poursuit

Après une nouvelle série d’arrestations, la liste des journalistes égyptiens emprisonnés depuis le début du mouvement de protestations ne cesse de s’allonger. Reporters sans frontières (RSF) dénonce la plus intense répression contre les journalistes depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah Al-Sissi.

Solafa Magdy, Hossam El-Sayyad, Mohamed Salah, Ahmed Shaker... Leurs noms sont venus s’ajouter à la liste des journalistes visés par la plus grande vague d’arrestations en Egypte depuis les manifestations qui ont suivi l’arrivée au pouvoir du président Al-Sissi en 2014. En tout, ce sont au moins 22 journalistes qui ont été jetés derrière les barreaux depuis le début du mouvement de contestation fin septembre dernier, selon un décompte de RSF. Sur ces 22 interpellations, huit journalistes seulement ont été libérés.

La journaliste indépendante Solafa Magdy, son époux, le photojournaliste Hossam El-Sayyad, et le blogueur Mohamed Salah ont été arrêtés le 26 novembre alors qu’ils se trouvaient dans un café du Caire. Deux jours plus tard, c’est au tour du rédacteur du quotidien Rosa El-Youssef, Ahmed Shaker, d’être interpellé à son domicile dans la ville de Toukh, au nord de la capitale. 

Proches de leur consoeur Esraa Abdel Fattah, emprisonnée depuis le 12 octobre dernier,  Solafa Magdy, Hossam El-Sayyad et Mohamed Salah avaient dénoncé les tortures qu’elle avait subies lors de son interrogatoire. Tout comme elle, Solafa Magdy a été battue et insultée pour avoir refusé de donner les codes de son compte Facebook. 

Tous les quatre ont été placés en détention provisoire par la Sûreté de l’Etat, dans le cadre d’une enquête pour appartenance à un groupe terroriste, mais aussi pour “diffusion de fausses nouvelles” dans le cas de Solafa Magdy. 

Les arrestations de journalistes s’enchaînent à un rythme inédit depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah Al-Sissi, s’alarme Sabrina Bennoui, responsable du bureau Moyen-Orient de Reporters sans frontières. Cette vague de répression est d’autant plus préoccupante qu’elle se poursuit alors que le dernier mouvement de contestation populaire a déjà été étouffé.” 

L’arrestation de Solafa Magdy, Hossam El-Sayyad et Mohamed Salah est d’autant plus symbolique que ces trois journalistes avaient à coeur de couvrir les manifestations, après avoir eux-même participé à la révolution de 2011 qui avait entraîné la chute du président Hosni Mubarak. De nombreuses personnes à travers le monde ont lancé des campagnes de solidarité pour appeler à leur libération immédiate. Ces emprisonnements interviennent quelques jours après la perquisition tout aussi symbolique de l'un des seuls médias indépendants du pays, Mada Masr, et l’interpellation pendant plusieurs heures de quatre de ses journalistes, pour avoir publié un article sur le fils du président Abdel Fattah Al-Sissi. 

 En 2019, l’Egypte occupe la 163e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.