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29 novembre 2017

Egypte : Déjà deux ans de détention provisoire pour le journaliste Ismaïl Alexandrani

Wilson centre
Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités égyptiennes de libérer immédiatement et sans condition le journaliste et chercheur Ismail Alexandrani, en détention provisoire depuis deux ans, et d’abandonner les poursuites à son encontre.

Ismaïl Al Sayed Mohamed Omar Toufic, plus connu sous son nom de plume Ismail Alexandrani choisi en hommage à Alexandrie, sa ville natale, est un journaliste d’investigation indépendant reconnu et un chercheur égyptien en sociologie politique et spécialiste notamment des mouvements djihadistes dans la péninsule du Sinaï. Arrêté le 29 novembre 2015 à son retour de Berlin à l’aéroport d’Hurghada, sur les bords de la mer rouge, il est depuis maintenu en détention provisoire.


RSF appelle les autorités à libérer ce journaliste égyptien, ainsi que tous ses confrères injustement détenus: “Les autorités égyptiennes doivent permettre aux journalistes locaux d’enquêter sur des sujets d’intérêt public mêmes s’ils sont considérés comme sensibles par le pouvoir” estime Alexandra El Khazen, responsable du bureau Moyen-Orient de RSF. “Une détention provisoire de deux ans n’est autre qu’une punition excessive infligée au journaliste. Nous demandons aux autorités d’exposer les motifs qui justifient le prolongement de cette détention avant procès”.


C’est sans aucun doute ses articles sur le Sinaï dans la presse internationale qui ont provoqué son arrestation”, estime le journaliste français Alain Gresh, qui l’a rencontré à plusieurs reprises et qui a pu apprécier son travail à Orient XXI,et au Monde diplomatique. “C’était un journaliste rigoureux, extrêmement bien informé, notamment sur le Sinaï où il avait de nombreux contacts, alors que les autorités égyptiennes tentaient (et tentent encore) d’empêcher toute information sérieuse de sortir de cette région.” précise le directeur du journal en ligne OrientXXI.


Depuis deux ans, la détention provisoire d’Ismaïl Alexandrani a été systématiquement renouvelée tous les 45 jours, atteignant la limite fixée par la loi égyptienne. Les charges qui pèsent contre lui ne sont pas encore définitives, son procès n’ayant pas commencé, mais il est soupçonné d’avoir publié de “fausses informations” et d’appartenir à la confrérie des Frères musulmans.


Tous ceux qui le connaissent ont été frappés par l'inanité des accusations qui lui sont reprochées”, assure le doctorant et chercheur en science politique Youssef el Chazli, qui précise que la dizaine de milliers de personnes qui le suivaient sur Facebook, connaissent parfaitement “l'animosité intellectuelle et politique qu'Ismaïl Alexandrani avait l'égard des courants islamistes, Frères musulmans inclus.


Ismaïl Alexandrani, nominé au prix RSF en 2016, était chercheur associé de l’Arab Reform Initiative, (Paris) et professeur invité au Wilson Center de Washington. Il a notamment écrit pour MadaMasr, Safir Arabi, Al Jazeera English et le Forum pour les relations arabes et internationales.


L’Egypte occupe la 161ème place sur 180 pays dans le Classement 2017 sur la liberté de la presse dans le monde établi par Reporters sans frontières. Au moins 16 journalistes sont actuellement emprisonnés pour leur travail.