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3 octobre 2016 - Mis à jour le 4 octobre 2016

Egide Mwemero libéré après un an de détention arbitraire

Crédit : Agence Bujumbura News / Egide Mwemero
Egide Mwemero, technicien de la radio burundaise, Radio publique africaine, a été libéré dans la plus grande discrétion, le 27 septembre de la prison de Makala à Kinshasa en RDC, où il était détenu arbitrairement depuis le 13 octobre 2015. Il est aujourd'hui à Kigali au Rwanda où il a rejoint sa famille.

“Reporters sans frontières (RSF) et Journaliste en Danger (JED) se félicitent de cette libération”, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du Bureau Afrique de RSF. “Ce technicien de radio a tout de même été retenu pendant près de 12 mois alors que sa détention était parfaitement illégale. Egide Mwemero a été victime de la collaboration des gouvernements burundais et congolais pour museler toute information critique.”


Arrêté le 13 octobre 2015 à Uvira, dans l'est de la RDC, Egide Mwemero aura passé près d’un an en prison, détenu arbitrairement. Initialement arrêté par des agents du renseignement militaire accusé d'espionnage, alors qu’il apportait un soutien technique à la radio congolaise Messager du Peuple, le technicien aura vu les charges pesant contre lui évoluer en "incitation de militaires à commettre des actes illégaux". Il aura ainsi été détenu plus de sept mois dans les cachots des renseignements militaires à Kinshasa, avant d'être transféré à la prison militaire de Ndoloto puis à celle de Makala à Kinshasa.


Pourtant rien dans son dossier ne justifiait qu'il soit jugé selon le code pénal militaire ou par ses juridictions. Son dossier a finalement été examiné par un juge civil en juillet 2016, qui a affirmé que rien ne pouvait être retenu contre le journaliste. Ce dernier est néanmoins resté en détention pendant près de trois mois supplémentaires, le parquet civil ayant fait le choix d’envoyer à nouveau son cas devant les juridictions militaires, en totale violation des procédures. Ces dernières ont heureusement refusé de reprendre le dossier, et la justice n'a eu d'autre option que de libérer finalement Egide Mwemero.


“RSF reconnaît en cette circonstance l'honnêteté, même tardive, de l'auditorat militaire qui a refusé de reprendre le dossier après que les juges civils l'ont déclaré vide, poursuit Cléa Kahn-Sriber. L’organisation appelle la justice congolaise à refuser toute instrumentalisation politique”.


Interrogé par RSF, Egide se déclare soulagé d'avoir retrouvé sa famille. Il doit encore effectuer une série d'examens médicaux, ayant subi de mauvais traitements en prison.


" Contrairement à ce que les autres pensaient quand ils m'ont arrêté, j'ai beaucoup de courage, beaucoup de forces. Je ne suis pas découragé et je vais continuer”, a-t-il indiqué à RSF.


Cet acharnement contre un simple technicien de radio révèlent les pressions politiques en jeu dans ce dossier, selon plusieurs observateurs. Même sa libération, effectuée en toute discrétion, visait à pouvoir clore un dossier devenu encombrant pour les autorités congolaises, au vu des pressions de la société civile nationale et internationale autour du cas d'Egide Mwemero. JED avait également fourni l’assistance d’un avocat à Egide Mwemero. Pour Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de JED, “Cette libération en catimini après plusieurs mois de détention injustifiée, prouve à suffisance que les arrestations et emprisonnements des journalistes sont contre-productifs. Aucune charge, n’a été retenue contre lui. Le dossier est vide et classé sans suite.”


La RDC occupe la 152e place au Classement de la liberté de la presse 2016 établi par RSF. Et le Burundi la 156e place, perdant 11 places par rapport à l’année 2015.