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23 février 2021

Dixième anniversaire de la révolution libyenne : la liberté de l’information et de la presse doivent être au cœur des préoccupations du pouvoir

A l’occasion du 10ème anniversaire de la révolution du 17 février 2011 en Libye, Reporters sans frontières (RSF) et deux organisations libyennes de défense de la liberté de la presse appellent les autorités à tout mettre en œuvre afin de garantir la liberté de la presse et la sécurité des journalistes.

RSF, l’Organisation libyenne des médias indépendants ( Libyan organisation for independent medias - LOFIM) et l’Institut lybien du journalisme d’investigation (Libyan Institution for Investigative Journalism - LIFIJ) appellent les nouvelles autorités libyennes à mettre en place une législation protectrice de la liberté de la presse et du droit à l’information.

Depuis le conflit armé de 2014, la situation de la liberté de la presse s’est fortement dégradée en Libye. Le bilan des exactions commises par les groupes armés associés aux gouvernements libyens successifs, contre les journalistes et les médias, ne cesse de s'alourdir. Plusieurs cas d’assassinats, d’enlèvements, d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées, de torture dans les centres de détention et les prisons ont été recensés au cours de ces six dernières années.  A ces exactions graves s’ajoutent de nombreuses autres violations : campagnes de dénigrement sur internet, agressions, poursuites illégales, descentes de police dans les maisons et les lieux de travail des journalistes, menaces, interrogatoires musclés, cas de harcèlement moral et sexuel ou encore fouilles de téléphones portables aux points de contrôle de sécurité.

Ces exactions incessantes commises sur fond de guerre civile et de clivages politiques, ces intimidations et attaques contre les journalistes sont encouragées par une impunité totale : aucun des crimes commis contre des journalistes ou des médias n’a en effet été jugé à ce jour. Ce net recul de la liberté de la presse a fait chuté la Libye à la 164e place au Classement mondial de la liberté de la presse de RSF qui est le plus mauvais positionnement qu’est jamais connu le pays. 

Alors que le mouvement de protestation libyen réclamait davantage de liberté et de démocratie, la liberté d'opinion, d'expression et le droit de manifester pacifiquement continuent d'être bafoués. De nouvelles lois liberticides ont même été adoptées par les autorités post-révolutionnaires et sont venues s’ajouter aux lois déjà en vigueur sous la dictature. Les délits de presse restent punissables de la peine de mort. Ces dispositions violent la Déclaration constitutionnelle libyenne et les engagements internationaux pris par la Libye en matière de respect de la liberté d’information.

De surcroît, l'absence d’une loi-cadre garantissant aux citoyens le droit d’accès à l’information a largement contribué à la généralisation de la corruption et à l'impossibilité pour la presse de garantir des informations fiables.

La liberté d’information est un droit fondamental. Sans presse libre, indépendante et pluraliste, les fondements d’une démocratie ne peuvent être posés. Le processus de sortie de crise actuel ne pourra atteindre ses objectifs que si la liberté d’expression est garantie et prise en compte par les autorités libyennes.