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29 avril 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Dix chaînes de télévision suspendues : RSF dénonce une décision liberticide


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Reporters sans frontières condamne avec la plus grande fermeté la décision des autorités irakiennes de suspendre, le 28 avril 2013, les licences de dix chaînes satellitaires, accusées “d’incitation à la violence et au confessionnalisme”.

“Reporters sans frontières dénonce une décision liberticide et disproportionnée qui met gravement en péril la liberté de l’information. Même s’ils doivent le faire avec responsabilité, les médias sont tout à fait dans leur rôle lorsqu’ils rendent compte des graves tensions qui divisent le pays. Nous demandons à la Commission des Médias de revenir au plus vite sur sa décision et de permettre à l’ensemble des médias de couvrir les événements d’intérêt général sur le territoire national”, a déclaré l’organisation.

L’Irak, en proie à des conflits d’ordre confessionnel depuis plusieurs années, peut d’un jour à l’autre basculer dans la guerre civile, comme le laisse tristement présager le regain de violence de la semaine passée. Depuis le 23 avril dernier, plus de 230 personnes ont trouvé la mort, et au moins 350 autres ont été blessées. Les mouvements de protestation de citoyens sunnites, hostiles au gouvernement du premier ministre chiite Nouri Al-Maliki, se multiplient. Les chaînes satellitaires visées par la décision des autorités ont réalisé de nombreux reportages sur ces événements. Certaines d’entre elles ont diffusé, le 26 avril, les discours de leaders sunnites exhortant de jeunes hommes à prendre les armes contre le gouvernement. La Commission des Médias et des Communications a par la suite annoncé qu’elle suspendait les licences de “certaines chaînes satellitaires ayant adopté un langage encourageant la violence et le confessionnalisme”.

Parmi les dix chaînes visées, neuf sont financées par des sunnites, comme la chaîne qatarie Al-Jazeera. La chaîne Al-Sharqiya, basée à Dubaï et détenue par un riche homme d’affaires irakien, attire un large public au sein de la population sunnite d’Irak. Les autres chaînes concernées par cette interdiction sont Bagdad, Al-Sharqiya News, Al-Fallujah, Babylonian, Salah Al-Din, Al-Tagheer, Al-Gharbiya et Anwar 2. La décision de suspendre leurs licences est donc largement perçue comme un moyen de faire taire les voix opposées au gouvernement. Les autorités irakiennes ne sont néanmoins pas en mesure d’empêcher la diffusion de ces chaînes satellitaires, car elles sont basées à l’étranger et n’émettent pas depuis le territoire irakien. Cependant, leurs journalistes ne sont désormais plus autorisés à couvrir les événements ou à se déplacer dans le pays.