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16 avril 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Disparition de Guy-André Kieffer : après les paroles, les actes.


Onze ans après la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète de l’absence de progrès dans l’enquête et demande aux autorités françaises et ivoiriennes de concrétiser leurs promesses d’élucider l’affaire.

Ce 16 avril 2015 marquera les onze ans de la disparition toujours non élucidée du journaliste franco-canadien Guy André Kieffer, enlevé à Abidjan en 2004. Durant toutes ces années RSF n’a pas relâché la pression pour que la lumière soit faite sur cette affaire.

A l’occasion du déplacement du président François Hollande en Côte d’Ivoire en juillet 2014, RSF lui avait demandé d’œuvrer à la mise en la mise en place d’une commission d’enquête spéciale ou d’une cellule commune d’instruction entre les juges français et ivoiriens.

En réponse, l’Élysée avait écrit à l’organisation, le 20 octobre 2014, que l’élucidation de ce cas demeurait une “priorité pour la France”. L’Élysée assurait porter attention au “bon déroulement de cette enquête conduite par les autorités judiciaires des deux pays concernés, la France et la Côte d’Ivoire”.

Lors de la visite d’une délégation de Reporters sans frontières en Côte d’Ivoire en mai 2014, le président Alassane Ouattara s’engageait, pour sa part, à tout mettre en œuvre “pour que la lumière soit faite sur cette affaire et que l’on sache ce qui s’est passé”. Il avait d’ailleurs demandé au ministère de la Justice et au procureur de la République d’être informé précisément sur le dossier en cours.

Depuis lors, le juge d'instruction français saisi de l’affaire à la fin du mandat du juge Patrick Ramaël, a fait droit aux demandes d'actes formées par les parties civiles et introduit en novembre 2014 des commissions rogatoires internationales. A ce jour il attend encore le retour de la partie ivoirienne.

Reporters sans frontières se félicite de cette demande d'acte qui permet que le dossier demeure ouvert, mais s’inquiète du silence des autorités ivoiriennes. Il est crucial que cette affaire ne tombe pas dans l’oubli et l’impunité et que les commanditaires de cette disparition soient identifiés et jugés." déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de l’organisation.

Retour sur une enquête semée d’embûches

Guy-André Kieffer a disparu le 16 avril 2004 à Abidjan alors qu’il enquêtait sur des malversations touchant la filière cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial. Le 28 avril 2004, la famille du journaliste portait plainte contre X pour enlèvement et séquestration et RSF se constituait partie civile quelques jours plus tard.

L’enquête instruite par le juge Patrick Ramaël s’est longtemps heurtée aux relations tumultueuses entre Paris et Abidjan, aux difficultés de mener des recherches sur place et à l’omerta qui entourait les protagonistes de l’affaire, tous proches de la présidence ivoirienne de l’époque. Avec la chute de Laurent Gbagbo, RSF avait espéré que l’enquête avancerait plus rapidement.

Onze ans de mobilisation internationale

Durant onze ans, la mobilisation internationale n’a eu de cesse de dénoncer la disparition du journaliste et l’impunité qui freinait l’enquête. Pour marquer les dix ans de la disparition du journaliste, RSF a organisé une campagne d’affichage à Abidjan en avril 2014, en collaboration avec le comité de soutien des journalistes ivoiriens, pour demander aux autorités de respecter leur engagement sur le fait que "personne ne sera protégé". Osange Silou-Kieffer, l’épouse de Guy-André Kieffer et RSF avaient été reçues par le président Ouattara en 2012 à Abidjan.

Le 15 avril 2010, une conférence de presse était organisée dans les locaux de RSF en présence de la famille et des comités de soutien tandis qu’à Abidjan était lancée pour la première fois une campagne d’affichage dans les rues. D’autres événements avaient été initiés auparavant à Paris par l’ONG : des portraits au pochoir du journaliste dans les rues de la capitale en 2007, une opération "Que savait Guy-André Kieffer ?" en 2006 au Salon du chocolat à Paris. En 2005, Reporters sans frontières, l’association "Vérité pour Guy-André Kieffer" et le "Comité de soutien breton pour Guy-André Kieffer" avaient jeté des seaux de cacao liquide et des faux dollars contre le portail de l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris.

La Côte d’Ivoire occupe la 86e place sur 180 pays dans l’édition 2015 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.