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22 septembre 2021

Dégradation de la liberté de la presse en Algérie : les chiffres parlent d’eux-mêmes

A la veille de la réouverture du procès du journaliste Khaled Drareni, Reporters sans frontières (RSF) déplore l’intensification des attaques contre la presse ces trois derniers mois et dénonce la dérive répressive des autorités algériennes.

Peines de prison, poursuites judiciaires, arrestations arbitraires… Ces trois derniers mois, les atteintes à la liberté de la presse ont connu une nouvelle aggravation en Algérie. “La situation de la liberté de la presse était déjà préoccupante, il est regrettable de constater qu’elle le devienne encore un peu plus chaque jour, déplore le directeur du bureau Afrique du nord de RSF, Souhaieb Khayati. Nous appelons les autorités algériennes à mettre un coup d’arrêt aux atteintes qui peuvent affecter de façon durable le droit d’informer des journalistes et le droit à être correctement informés des citoyens algériens. “

  

3 journalistes condamnés  à des peines de prison

  • La journaliste de Radio M, Kenza Khatto, est condamnée le 1er juin 2021 à trois mois de prison avec sursis et à une amende après avoir couvert une manifestation pacifique le 14 mai dernier à Alger.
  • Le journaliste et rédacteur en chef du quotidien régional le Provincial, Mustapha Bendjama, est condamné le 27 juin 2021 pour “atteinte à l'intérêt national” à deux mois de prison avec sursis et à une amende de 20.000 DZD (environ 125  euros).
  • Le correspondant du journal Liberté à Tamanrasset, Rabah Kareche a été condamné le 12 août 2021 à un an de prison dont huit mois ferme et une amende de 20.000 DZD. Il a été jugé coupable de « diffusion volontaire de fausses informations susceptibles d’attenter à l’ordre public » ;  «administration d’un compte électronique consacré à la diffusion d’informations susceptibles de provoquer la ségrégation et la haine dans la société » et « usage de divers moyens pour porter atteinte à la sûreté et à l’unité nationales ».

 

1 journaliste condamné à une amende

  • Le journaliste et directeur du site Essafir Broadcast, Abdelhakim Setouane, a été condamné à 30.000 DZD d'amende (environ 190 euros) au lieu des six mois de prison ferme requis par le procureur, après deux reports du verdict suite à la plainte déposée contre lui par un député pour diffamation.


2 journalistes en détention provisoire

  • Le journaliste au quotidien francophone Liberté, Mohamed Mouloudj, est officiellement placé en détention provisoire depuis le 14 septembre. Il est poursuivi pour “atteinte à l’unité nationale”, “publication de fausses informations” et “adhésion au mouvement du MAK”, récemment classé  par les autorités algériennes comme organisation terroriste.
  • Le journaliste indépendant Hassan Bouras, également membre de la Ligue algérienne des Droits de l’Homme (LADDH) est en détention depuis le 6 septembre 2021, sur la base de neuf chefs d’inculpation  dont “atteinte à l’unité nationale”, “propagation  de fausses informations” et “utilisation de moyens technologiques afin de mobiliser des personnes contre l’autorité de l’Etat”.


3 journalistes sous le coup de procédures judiciaires 

  • La productrice et présentatrice de l’émission de santé “Ton médecin en direct” à la radio locale de Taref à l’Est de l’Algérie, Nadjet Ben Messaoud, est poursuivie pour “diffamation” depuis le 6 août 2021, à la suite de la diffusion d’un reportage sur le manque d’oxygène dans la région. Le directeur de l'hôpital régional a mis cause la véracité du reportage qui signalait un décès dû à un manque d’oxygène dans l'établissement. 
  • La photojournaliste Jamila Loukil qui a couvert les manifestations du Hirak pour le journal Liberté à Oran ,et qui travaille à médiatiser les problèmes liés à la situation des migrants en Algérie, est notamment poursuivie pour "complot contre la sécurité de l’État pour inciter les citoyens à prendre les armes contre l’autorité de l’État ou à porter atteinte à l’intégrité du territoire national" ; et pour "publications d’information pouvant porter atteinte à l’intérêt national".
  • Le journaliste de Radio M, Said Boudour, qui enquête sur des affaires de corruption est  notamment poursuivi pour "complot contre la sécurité de l’État pour inciter les citoyens à prendre les armes contre l’autorité de l’État ou à porter atteinte à l’intégrité du territoire national" et pour "publications d’information pouvant porter atteinte à l’intérêt national”.


2 journalistes arrêtés arbitrairement

  • Deux jours avant le scrutin des élections législatives, le 10 juin  2021 , le directeur de Radio M, Ihsane El kadi et le directeur de Casbah Tribune, Khaled Drareni sont arrêtés par la Sécurité intérieure et interrogés durant 30 heures. En liberté provisoire depuis le mois de février suite à une mesure de grâce présidentielle, et après avoir obtenu un pourvoi en cassation, Khaled Drareni va repasser devant les juges ce mercredi 23 septembre. Il avait été condamné en appel le 15 septembre 2020 à deux ans de prison pour “incitation à une manifestation non autorisée” et “atteinte à la sûreté de l’Etat”.

 

2 médias privés d’accréditation

  • Le 31 juillet 2021, la chaîne d’information arabe Al Arabiya se voit retirer son accréditation par le ministère de la Communication pour “non-respect des règles de la déontologie professionnelle et recours à la désinformation et à la manipulation”.
  • Le 13 juin 2021, la chaîne de télévision France 24 perd son accréditation sous prétexte de “non-respect de l’éthique”. 


L'Algérie figure à la 146e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2021 établi par RSF. Le pays a perdu 27 places depuis 2015.