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2 avril 2020 - Mis à jour le 7 avril 2020

Coronavirus au Tchad : une équipe de journalistes agressée par la police

Siège de l'Office national des Médias Audiovisuels (ONAMA) à N'Djamena
Deux journalistes de la télévision nationale et leur chauffeur ont été agressés par les forces de l’ordre en plein reportage sur les mesures de restriction des rassemblements en lien avec la crise sanitaire du Covid-19. Reporters sans frontières (RSF) condamne ces violences et appelle les autorités tchadiennes à prendre toutes les mesures nécessaires pour que les journalistes puissent continuer à couvrir la pandémie sans crainte de représailles.

Aly Mahamat Bello, Abakar Mahamad Seid, journaliste et caméraman pour Télé Tchad ainsi que leur chauffeur, ont été interpellés et brutalisés dans la capitale N’Djamena jeudi 26 mars par des membres du groupement d’intervention de la police (GMIP) alors qu’ils étaient en reportage pour la télévision nationale afin de rendre compte de l’application des mesures en vigueur dans le pays pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. Selon un communiqué publié par l’Union des journalistes tchadiens (UJT), les journalistes ont ensuite été interrogés pendant trois heures au commissariat avant d’être finalement relâchés. 


A ce stade, le Tchad n’a officiellement recensé que sept cas de personnes touchées par le coronavirus mais a déjà pris plusieurs mesures visant à restreindre les déplacements. Les bars, restaurants et écoles sont fermés et les rassemblements de plus de 50 personnes interdits mais l’application de cette mesure est loin d’être effective comme l’ont constaté des journalistes. Un couvre-feu doit également commencé à être appliqué à partir de ce jeudi soir 2 avril dans la capitale et plusieurs provinces du pays. 


“Il est inacceptable que des journalistes soient agressés par des forces de sécurité alors même qu’ils participent à la sensibilisation des population et à la lutte contre cette pandémie à travers leurs reportages, déplore Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Nous demandons aux autorités tchadiennes de garantir le libre exercice du journalisme, plus que jamais indispensable dans le contexte sanitaire actuel, en envoyant des instructions fermes aux forces de l’ordre afin que les journalistes puissent travailler sans crainte de représailles”. 


Selon les données recueillies dans l’Observatoire 19, un site lancé par RSF consacré à la censure, aux attaques et aux menaces contre le journalisme en lien avec à la crise sanitaire du Covid-19, notre organisation a déjà recensé une vingtaine d’atteintes à la liberté de la presse en Afrique subsaharienne dont 11 cas de journalistes agressés, en grande majorité par les forces de l'ordre. 


Le Tchad occupe la 122e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.