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14 août 2019 - Mis à jour le 16 août 2019

Congo-Brazzaville : Un journal mis en demeure pour son travail d’enquête

Crédit : DESIREY MINKOH DESIREY MINKOH / AFP
Un hebdomadaire congolais a été sommé par le Conseil supérieur de la liberté de la communication (CSLC) de cesser de publier les résultats de son enquête sur la gestion d’un établissement public, avant de recevoir une mise en demeure formelle. Reporters sans frontières (RSF) dénonce cette pratique qui relève plus de l’intimidation que d’une mesure de régulation et appelle le CSLC à remplir son rôle de garant de la liberté de la presse dans le pays.

Depuis deux mois, l’hebdomadaire congolais indépendant d’information générale, Manager Horizon, est dans le collimateur du Conseil supérieur de la liberté de la communication (CSLC) pour son enquête-feuilleton sur des malversations présumées au sein de l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC). Convoqué à deux reprises, le 24 juin et le 8 août par l’organe de régulation des médias qui lui reprochait de ne pas fournir au préalable les preuves de ses allégations, la rédaction du journal avait poursuivi la publication de son travail, malgré l’injonction contraire de l’autorité. 


Lors de la deuxième convocation, le régulateur a menacé de “faire disparaître le journal”, a rapporté le directeur de publication Habib Ayoka à RSF. Dans une décision officielle le lendemain, l’hebdomadaire s’est finalement vu mis en demeure pour son “refus d’obtempérer aux injonctions du Conseil relatives à la présentation des preuves irréfutables” de leur enquête. 


“En exigeant les preuves d’une enquête journalistique, le CSLC porte atteinte au secret des sources et va à l’encontre de sa mission principale, à savoir, garantir le bon fonctionnement de  la liberté de la presse en toute indépendance, déclare le bureau Afrique de RSF. Il faut urgemment rectifier le tir.“


Le CSLC est une autorité administrative indépendante, composée de 11 membres dont 9 sont nommés par le pouvoir. Le mandat de l’actuel bureau a pris fin le 28 février dernier, sans qu’un nouveau bureau ne soit investi. Son président, Philippe Mvouo, ancien membre du bureau politique du parti au pouvoir, est un proche du directeur général de l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), Florent Dzota. 


En septembre 2018, le régulateur avait suspendu pour un mois le journal Le Troubadour lui reprochant d’avoir publié les propos des membres du gouvernement lors d’un conseil de cabinet. L’autorité avait considéré que le journal faisait “usage de moyens déloyaux pour obtenir des informations”.


La République du Congo occupe la 117ème place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.