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28 juin 2019 - Mis à jour le 2 juillet 2019

Conférence de Bahreïn : des articles critiques bloqués en Jordanie

Peace to Prosperity workshop in Manama, Bahrain on June 25, 2019. Credits : Shaun TANDON / AFP
Alors que s'est tenue la conférence de Bahreïn cette semaine pour tenter de relancer le processus de paix au Proche-Orient, au moins quatre journalistes ont vu leurs publications censurées, notamment en Jordanie. RSF dénonce ce contrôle visant à dissimuler les voix critiques sur un choix politique contesté.

La conférence de Manama (Bahreïn), démarrée le mardi 25 juin et annoncée par Donald Trump comme “l’accord du siècle” pour la paix au Proche-Orient, a suscité un vif débat au sein de la presse du Moyen-Orient, notamment en Jordanie, pays participant.

 

Selon des informations recueillies par RSF, au moins quatre journalistes jordaniens ont été empêchés de publier des articles critiques sur cette conférence, dont deux travaillant pour le journal Al-Ghad. Le premier, Majed Tobehexplique sur Facebook qu’il avait qualifié ce plan de paix de “science-fiction” pour les Palestiniens, sans mentionner la participation de la Jordanie. Le deuxième, Jamil Nimri, s’intéressait notamment à la résistance civile dans le pays et à la montée des prix.

Le journaliste jordanien Oraib Al Rantawi (Addustour) a dénoncé une "censure sans précédent". En l’espace d’un mois, huit de ses articles, dont la moitié sur la conférence du Bahreïn, ont été interdits de publication en Jordanie. 

Contacté par RSF, le rédacteur en chef d’un média jordanien en ligne, qui souhaite garder l’anonymat, indique que cette censure émane des “services de sécurité générale” qui ont enjoint par téléphone les responsables de plusieurs rédactions à ne pas publier d’informations “négatives” sur la participation de la Jordanie à cette conférence. Il ajoute qu’ils ont aussi été poussés à retirer un article annonçant le refus du Koweït de se joindre aux pourparlers.

 

Les autorités jordaniennes ne doivent pas intervenir dans le contenu éditorial des médias locaux sur des mesures ou des décisions politiques jugées impopulaires, déclare le bureau Moyen-Orient de Reporters sans frontières (RSF). Les directives transmises aux rédactions sur la façon de traiter l’événement relèvent d’une volonté de masquer le débat d’opinions et ne font que renforcer le sentiment de frustration des journalistes.

 

Selon des sources concordantes, cette pratique des appels téléphoniques est aussi constatée au Bahreïn, où les rédactions ont pour consigne de ne pas traiter l’événement de façon critique.

 

Opposés à la tenue de la conférence, plusieurs syndicats de journalistes au Liban, en Jordanie et dans les territoires palestiniens ont appelé au boycott. Outre la Jordanie, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et l’Egypte ont annoncé leur participation. De leur côté, les journalistes israéliens ont obtenu une autorisation spéciale du Bahreïn pour entrer sur le territoire et couvrir l’événement. 

 

En 2019, la Jordanie est classée 130e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.