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3 avril 2020

Comores : une journaliste menacée pour avoir révélé des dysfonctionnements dans la gestion de la crise du coronavirus

Capture d'écran de l'enquête sur les cas suspects de Coronavirus publiée par la Gazette des Comores mercredi 1er avril.
Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement la menace de plainte des autorités contre une journaliste comorienne ayant révélé les premiers cas suspects de coronavirus dans l’archipel. Le gouvernement doit garantir la protection des sources et de ne pas entraver le travail des journalistes, plus que jamais essentiel pendant cette crise sanitaire.

À ce jour, les Comores demeurent l’un des rares pays africains où aucun cas de coronavirus n’a été enregistré. L'explication tient peut-être au fait qu'aucun des échantillons de six cas suspects n'a été envoyé pour analyse , comme l'a révélé la journaliste Andjouza Abouheir dans le quotidien indépendant La Gazette des Comores le 1er avril 2020. Des informations qui valent aujourd’hui à la journaliste d’être accusée de “désinformation” par les autorités. À l’issue du conseil des ministres tenu ce mercredi, le porte-parole du gouvernement Houmed Msaidie a menacé de porter plainte contre tous les journalistes tentés de publier sur la crise sanitaire “sans passer par les canaux officiels”. La journaliste a par ailleurs été contactée par la direction générale de la santé qui insiste pour connaître la source à l’origine de son enquête.


Cette affaire illustre les tentatives de plus en plus fréquentes d’interdire ou de censurer toute information qui ne serait pas issue de la communication officielle, quand bien même elle serait fiable et authentique, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Les autorités comoriennes ne peuvent s’arroger le monopole de l’information autour de cette crise sanitaire. Il est essentiel que les journalistes puissent faire leur travail librement et en toute indépendance sans être l’objet de menaces ou d’intimidations, y compris sur l’identité de leurs sources”. 


Dans un communiqué, le Syndicat national des journalistes aux Comores (SNJC) dénonce un acte contraire à la transparence promise par le président de la République dans la gestion de cette crise, arguant que les journalistes “ne vont pas croiser les bras et subir l’information à travers des points presse et des communiqués”.  


Seuls cinq des 55 pays de l’Union africaine sont pour l’instant officiellement épargnés par la pandémie sur le continent où plus de 7000 cas et 290 décès ont été recensés. Les journalistes subissent de nombreuses menaces et attaques liées à leur couverture de la crise sanitaire. RSF a déjà enregistré plus d’une vingtaine d’atteintes à la liberté de la presse en Afrique subsaharienne. 


Les Comores occupent la 56e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.