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21 juillet 2017 - Mis à jour le 23 août 2019

Chiffrement des données : l'alarmante demande du gouvernement australien

Prime Minister Malcolm Turnbull. photo : Charly Triballeau / AFP
Le Premier ministre australien demande aux entreprises technologiques de faciliter l’accès des autorités aux messages cryptés. Reporters sans frontières (RSF) juge très préoccupante cette demande et invite le gouvernement à renoncer à ce texte de loi qui porterait gravement atteinte à la protection des données des individus, notamment des journalistes.

Le Premier ministre Malcolm Turnbull a annoncé mi-juillet vouloir faire pression sur les géants du web, afin qu’ils réforment les modalités d’accès aux messages cryptés. Invoquant la lutte contre le crime et le terrorisme, le gouvernement réclame la possibilité de pouvoir lire les informations échangées par les utilisateurs d’applications telles que WhatsApp ou iMessage. Or, ces outils de chiffrement permettent aux journalistes de protéger leurs sources.


Reporters sans frontières demande donc aux autorités australiennes de revenir sur cette déclaration et de renoncer à tout projet de loi visant à rendre possible l’accès aux données des utilisateurs. “Une telle législation violerait le droit à la vie privée des citoyens, et représenterait un danger pour la protection des sources des journalistes et des lanceurs d’alerte, déclare Elodie Vialle, responsable du Bureau Journalisme et Technologie de Reporters sans frontières. La lutte contre le terrorisme ne doit pas se faire aux dépens de la liberté de l'information. Les journalistes et leurs sources ne peuvent être surveillés.” RSF soutient également l’appel des associations locales de défense des journalistes contre ce projet.



Une tentative commune et dangereuse des grandes démocraties pour contourner le chiffrement


L’initiative de l’Australie n’est malheureusement pas un cas isolé, puisque les gouvernements français et britannique ont également remis en cause le droit à la vie privée au nom de la lutte contre le terrorisme à travers leur plan d’actions communes. Celui-ci prévoit notamment “l’accès aux données et aux contenus des communications au-delà des frontières, quel que soit l’endroit où celles-ci sont stockées” en vue de lutter contre le terrorisme. RSF s’inquiète des potentielles dérives pour la protection des journalistes et de leurs sources.


Le 30 juin dernier, RSF a interpellé avec plus de 80 autres signataires cinq gouvernements liés par un partenariat sur la surveillance. Le but : dénoncer la tentation de ces dirigeants de l’Australie, du Canada, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Nouvelle-Zélande, de vouloir contourner les outils de chiffrement des données.


L’Australie se situe à la 19e place sur 180 pays au Classement mondial pour la liberté de la presse 2017 établi par RSF.