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8 avril 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Chasse aux cyberactivistes à Oman


Les nombreuses arrestations et condamnations d’utilisateurs de réseaux sociaux et blogueurs traduisent l’état de la liberté d’information et d’expression sur la Toile au sultanat d’Oman. Sous des accusations d’insultes à l’émir ou d’incitation à des rassemblements illégaux et troubles à l’ordre public, les cybermilitants qui font un travail d’information sont interpellés, parfois détenus au secret et condamnés à de lourdes peines.
La situation de la liberté d’information et d’expression à Oman est déplorable et les autorités s’acharnent contre les cyberactivistes pour leur travail en faveur des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Détenir des militants dans des lieux secrets pour les interroger des jours durant et les faire disparaître ainsi aux yeux de leurs proches est scandaleux. RSF appelle à leur libération immédiate et inconditionnelle”, déclare Lucie Morillon, directrice des programmes de l’organisation. Saeed Jaddad, militant des droits de l’homme, très actif lors des soulèvements de 2011, a été condamné le 31 mars 2015 à un an de prison et une amende de 1000 rials (environ 2400 euros) en vertu de la loi sur la cybercriminalité par le tribunal de première instance de la ville de Salalah dans la province de Dhofar. Son avocat a affirmé que le blogueur avait été condamné pour un article, publié en octobre 2014, dans lequel il faisait un parallèle entre les révoltes de 2011 à Dhofar et celles de 2014 à Hong Kong. Il est officiellement interdit de publication dans les médias omanais. Il avait déjà été condamné le 8 mars dernier à trois ans de prison et une amende de 1700 rials (environ 4800 euros) par le tribunal de première instance à Mascate pour ‘atteinte au prestige de l’Etat’, ‘incitation à manifester’ et pour l’’utilisation de réseaux sociaux pour publier des informations pouvant causer des troubles à l’ordre public’. Saeed Jaddad est détenu par les autorités depuis son arrestation à son domicile à Salalah le 21 janvier 2015. Ce militant est dans le collimateur des autorités depuis quelques années et a été maintes fois arrêté et relâché sous caution. Récemment, en octobre 2014, il avait été stoppé à l’aéroport et empêché de se rendre à un évènement organisé par Front Line Defenders à Istanbul à cause d’une interdiction de voyager, qu’il ignorait, émise depuis le mois de juillet 2014. Il avait ensuite été arrêté et interrogé dans un lieu secret pendant 12 jours en décembre 2014. Taleb Saedi est un activiste de la Toile qui a disparu après avoir été interpellé par les autorités le 23 mars 2015 pour interrogation. Il est connu pour ses écrits critiques, ses appels aux réformes politiques et sociales sur les réseaux sociaux et son travail sur les activistes détenus par les forces de sécurité. Il avait déjà été interpellé en juillet 2014 pour avoir appelé à la manifestation pacifique en solidarité avec le peuple palestinien. Le célèbre blogueur Muawiya Al-Rawahi, arrêté de nombreuses fois depuis 2011 et dont la dernière arrestation date du mois de février dernier pendant une semaine, a été interpellé par les autorités émiraties le 24 février 2015 alors qu’il cherchait à se rendre en voiture aux Emirats. Depuis on est sans nouvelles de lui. Le blogueur est connu pour son utilisation des réseaux sociaux en plus de son blog et pour ses propos critiques du régime en faveur de réformes. Ces trois cas ne sont pas isolés puisque de nombreux militants sont arrêtés pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression et d’information. Oman figure à la 127e place sur 180 du Classement 2015 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.